lundi 24 avril 2017

20 ans avec mon chat - Inaba Mayumi

Voilà un livre dont j'avais repéré la superbe couverture en magasin, mais que j'ai finalement acheté en version numérique, profitant de l'offre des 30 ans des éditions Picquier. Quand on n'a plus la place...
couverture française que je préfère à l'originale

Le titre original " Mî no inai asa" signifie à peu près "le matin sans Mî" ou les matins... ce n'est pas tout à fait la même intention en VO.
l'originale, moins... originale, mais avec probablement la photo de l'authentique Mî, trouvée sur le site officiel de l'auteur. Même si elle n'est plus de ce monde depuis 3 ans, le site est toujours accessible.

Tout commence en 1977 (l'année de ma naissance tiens!), lorsque Mme Inaba trouve par hasard un chaton abandonné, miaulant comme un perdu au sommet d'un grillage de collège, probablement qu'un collégien stupide l'aura accroché là pour s'amuser. Mme Inaba le sauve, ou plutôt la sauve: c'est une petite chatte, et ses miaulements forcenés lui valent très vite le nom de Miiiiiii, abrégé en Mî.
L'arrive impromptue du petit animal chez elle va chambouler sa vie. Déjà, sur un plan pratique, car lorsqu'elle et son mari doivent déménager, les choses sont compliquées: à cette époque ( et même récemment encore, je crois savoir), énormément de logeurs refusent les locataires avec animaux, afin d'éviter tout désagrément ou frictions avec les voisins surtout.
Et pourtant un chat ne prend pas beaucoup de place, en tout cas moins qu'un gros chien, mais le fait est là: trouver un logement dans ces conditions était loin d'être acquis. C'est peut-être là une raison de l'engouement pour les cafés à chats ( et plus récemment à lapins/ hiboux/ écureuils..) au Japon: la difficulté d'avoir un animal de compagnie à cause des règlements, de l'exiguité des logements et des horaires de travail...
Par la suite, Mî va s'avérer un précieux réconfort pour sa maîtresse, lorsqu'elle aura des difficultés, perdra son emploi, se séparera de son mari... Toutes choses qui paraîtrons évidentes à quiconque a ou a eu un jour un animal de compagnie.

Donc voilà, essentiellement, un récit au jour le jour de la vie quotidienne d'une dame et de son chat. L'écrivaine, dont c'est à l'heure actuelle le seul livre traduit, est aussi poète. La journée elle occupe un emploi alimentaire, ce n'est que le soir et la nuit qu'elle peut se livrer à sa passion pour l'écriture, avec la compagnie discrète de son chat, ce qui fait que les deux nouent une véritable relation d'amitié. On ne saura pas ce qu'elle écrit sur le moment, peut être le roman qu'on est en train de lire, peut être autre chose, un poème inspiré par Mî comme ceux qui ferment les chapitres du texte. Car outre l'histoire du chat et de sa maîtresse, c'est aussi le portrait d'une dame qui  peu à peu s'accepte telle qu'elle est : différente dans le Japon des années 70/80. Dès le départ, elle était différente, refusant d'arrêter de travailler, contrairement aux conventions sociales, à partir de son mariage. Le chômage dû à la au choc pétrolier de 1978 et à la récession qui s'ensuit - même si le Japon n'a pas autant été touché que d'autres pays industrialisés -est en fait pour elle un déclencheur et un moteur: le fait de se retrouver sans rien à faire , à la maison pendant que son mari travaille, ça n'est pas son truc. Et c'est l'occasion pour elle de renouer avec sa passion de toujours pour l'écriture, de trouver un travail à mi-temps chez un éditeur, ce qui lui correspond plus, utiliser se passage à vide pour envisager une vraie profession littéraire, ce qui s'avère possible lorsqu'elle gagne un prix littéraire, lui permettant de commencer à se faire éditer.. Et peu à peu arrive ce qui doit arriver, sans heurt, sans dispute: le mari est muté à Ôsaka, mais sa femme ne veut pas le suivre, trop attachée à sa nouvelle vie, à son nouveau travail, et à la ville de Tôkyô qu'elle célèbre beaucoup dans ses pages, de la maison avec jardin en banlieue à Kokubunji, où le chat peut se promener à sa ville, à l'appartement de Shinagawa (quartier portuaire sur la baie de Tôkyô), malheureusement privé d'espace libre pour Mî, dans lequel elle emménage après son divorce.

Dans cet immeuble anonyme et sans charme, elle va pourtant trouver une solution pour que Mî puisse faire un peu d'exercice, la laissant déambuler dans le couloir. La chatte en prend l'habitude, pendant que sa maîtresse écrit ... jusqu'au jour où elle se perd, hasard plutôt heureux, puisqu'il permet à Mme Inaba, solitaire, artiste et divorcée, de faire connaissance de ses voisins, surtout de sa voisine du dessus qu'elle n'avait jamais rencontrée, une autre dame célibataire et artiste peintre. Puis d'autres voisins qui nourrissent à tour de rôle un chat abandonné au pied de l'immeuble, probablement celui d'un ancien locataire qui n'a pu l'emmener en partant pour la raison évoquée plus haut. D'après les annonces immobilières, il est plus facile de se loger quand on joue d'un instrument de musique qu'avec un simple chat...

Bon comme on s'en doute au titre, ça ne finira pas bien. Les chats ne sont pas immortels, 20 ans avec un chat c'est long, si on prend en compte son espérance de vie, surtout en ayant commencé accrochée à un grillage, mais aussi court à l'échelle humaine, et l'issue ne fait aucun doute quand Mî vieillissante commence à tomber de plus en plus souvent malade.
En parallèle à sa décrépitude, c'est une ville mouvante, en perpétuel changement que nous montre mme Inaba ( on est alors en pleine bulle spéculative, après la récession, la croissance est galopante, les constructions toujours plus hautes et plus nombreuses... la bulle ne tardera pas à crever d'ailleurs).

Pas besoin d'aimer les chats pour le lire, par contre si vous les détestez, c'est mal parti. Mais un livre qui parlera à tout ami des animaux, quels qu'ils soient, et aux amateurs de tranche de vie, c'est intéressant de voir l'auteur qui évolue ( elle écrit ce récit dans les années 90, donc avec un retour sur les années 70), presque sans s'en rendre compte, comme si elle l'écrivait au fil du temps qui passe.On parle surtout de la jeunesse, puis de le vieillesse du chat, les années centrales de sa vie, en tant que chat d'appartement qui ne fait plus de découvertes et doit probablement s'ennuyer de l'herbe et des arbres, sont logiquement occultées par la découverte de soi de l'auteur, et de la ville qui l'entoure.
Un lecture plaisante, pas la meilleure que j'ai faite, mais qui change agréable de mes habitudes avec son alternance de prose et de poèmes ( je n'ai aucune idée de la formule qu'elle emploie en VO. Probablement pas du Haïku, les textes sont trop longs. A moins qu'il ne s'agisse de vers libres, je suis curieuse de le savoir, tiens)


Nous avons décidé de mettre chaque semaine une ville en avant, et bien sûr nous commençons par Tôkyô. Et bien que la ville n'apparaisse pas dans le titre, elle est un personnage important de cette histoire, que Inaba-san décrit et célèbre tout au long de ces pages. 20 ans avec mon chat est donc ma participation tokyoïte.

vendredi 21 avril 2017

Rétrospective Kurosawa (8) - La forteresse cachée ( 1958)

Hop, changement de style, après les deux drames sociaux que sont Vivre et L'ange Ivre, c'est parti pour une soirée d'aventures épiques et humoristiques. Ce qui fait beaucoup de bien au moral, et montre une fois de plus que Kurosawa ne peut pas être résumé à un seul style.

Alors évacuons de suite la problématique principale: oui ce film a bien inspiré George Lucas pour la Guerre des étoiles ( et je trouve donc intéressant que Lucas se soit ouvertement inspiré d'un film volontairement comique, ce qui ressortait parfois dans la première trilogie et beaucoup moins dans les préquelles et suites). Mais pas que.

Tout commence donc en rase campagne, quelque part au Japon et au XVI°siècle. Deux paysans dépenaillés, Tohei et Matashichi, se disputent. Ils ont tenté leur chance à la guerre, se faisant enrôler comme fantassins, mais ont joué de malchance: non seulement ils sont arrivés à la fin de la bataille, mais, pris pour des vaincus par l'armée gagnante, ils ont été soumis à la tache ingrate et absolument pas lucrative de dégager les cadavres du champ de bataille. Et, une fois évadés, s'accusent mutuellement pour savoir qui a entraîné l'autre dans cette débâcle, tel un duo de manzai où il n'y aurait aucun personnage rationnel.



Avant d'en venir aux mains, ils se séparent, pour tenter de rentrer chez eux. Mais, problème: leur village est séparé du lieu où ils se trouvent par l'armée nouvellement gagnante, qui à verrouillé la frontière. Arrêtés l'un comme l'autre, ils se retrouvent une fois de plus en galère, à trimer dans la boue pour les vainqueurs qui cherchent le trésor caché par le clan Akizuki, vaincu, avant de prendre la fuite.
Trésor? Pour Tohei et Matashichi, voilà qui vaut la peine de s'échapper.. sans s'éloigner trop. Et de fait, ils vont trouver la trace de ce trésor au bord d'une rivière sauf que... le trésor n'est pas seul, il  est entre les mains du samouraï Rokurota de l'armée Akizuki, et de Yuki-hime, l'héritière du clan, qui elle même représente un bon gros paquet d'argent puisqu'il y a une coquette récompense pour qui la trouvera.
Et Yuki -hime est tout l'inverse de ce qu'on peut imaginer par "princesse". Pas du tout une damoiselle en détresse, mais une petite nénette au caractère de cochon qui parcourt la montagne en short et manches courtes, comme le garçon manqué qu'elle, est, sachant manier le bâton, le sabre, monter à cheval.



Entre l'appât du gain comme carotte, et la menace de représailles, les deux paysans vont collaborer avec les gens du clan Akizuki pour escorter Yuki-hime et le trésor chez leurs alliés en contournant la fameuse frontière bloquée.




Yuki-hime. Que ce personnage me fait plaisir! Seule héritière, elle a été élevée par ses parents comme future cheffe d'état, ce qui fait qu'elle ne passe pas son temps à geindre, même dans la difficulté, mais a également un sens du devoir et de la solidarité féminine, qui la conduit a utiliser un peu de son héritage pour forcer Rokurota à racheter la liberté d'une femme de son clan réduite en esclavage par les vainqueurs.



L'autre point sympathique, c'est que cette histoire épique soit en fait surtout regardée par les yeux des deux péquenauds un peu paumés et cupides, ce qui contrebalance le côté héroïque de la chose. Rokurota est un excellent général, mais plutôt fanfaron, et là aussi, ce cassage d'image est bien sympathique.
La dénonciation de l'avarice est savoureuse, comme lorsque les paysans, se faisant passer pour des bûcherons, transportent l'or caché dans des fagots et se trouvent coincés parmi les fidèles de la fête du feu, contraints pour garder leur couverture et rester en vie, de jeter au brasier leur seul centre d'intérêt, leur seule passion.
Superbe séquence d'ailleurs où on voit Yuki-hime abandonner toute fierté royale et s'amuser.. comme les paysannes qui l'entourent. Elle le dira un peu plus tard, elle s'est énormément amusée et cette période de fuite et de vie dans les bois a en fait été la meilleure de sa (courte, puisqu'elle a 16 ou 17 ans) vie.




En fait plus qu'à La guerre des étoiles, c'est au western picaresque que m'a fait penser ce film: même goût pour les gueules de cinéma, pour les situations, pour le duel entre Rokurota et Tadokoro, pour l'utilisation de la musique... ( Kurosawa a d'ailleurs aussi influencé directement le western, puisque Les Sept Mercenaires de John Sturges est ouvertement un remake des Sept samouraï de Kurosawa donc..).




Mais je me demande s'il n'y aurai pas aussi une référence à Musashi, ce roman de Yoshikawa, mon coup de coeur en littérature japonaise. Particulièrement aux premiers chapitres de "la pierre et le sabre".
La situation d'ouverture est la même: Takezô et Matahachi, deux paysans qui ont quitté leur village pour gagner la gloire, se retrouvent du côté des vaincus, à essayer de glaner ce qu'il peuvent pour essayer de ne pas rentrer totalement fauchés au pays, avant de tomber nez à nez avec une jeune femme qui a fait profession de dévaliser les morts.
Mieux encore: Matahachi ( je ne sais pas si le caractère Mata est le même) dans le livre et Matashichi dans le film ( soit Mata"8" et Mata"7"). Cette coïncidence me paraît trop parfaite pour en être une en fait.
Et que Kurosawa ait parodié en 1958 un énorme carton éditorial paru 20 ans plus tôt non seulement ne me paraît pas du tout impossible, mais encore me ferait un immense plaisir.
Un bon film donc, drôle et enlevé, avec l'ami Mifune en général fanfaron, un personnage central féminin pas cruche du tout ( l'autre femme non plus d'ailleurs, même si elle a un rôle moindre), un du bouffon plutôt réussi, et un trésor insaisissable.Que demander de plus?
c'est vendredi, c'est cinéma!

Tout à fait celui que je recommande pour qui voudrait découvrir Kurosawa sans commencer par les drames sur fond de misère et d'alcoolisme, ou les adaptations d'auteurs européens. Celui-ci est à la fois très japonais et très accessible pour le public international.

vendredi 14 avril 2017

Dark Water (long métrage 2002)

Oui , on peut dire que je mets le temps.



Comme Ringu, vu à l'automne dernier, c'est juste maintenant que je trouve l'occasion de voir l'autre film emblématique du cinéma de trouille japonais.Egalement réalisé par Nakata Hideo, les deux films ont d'ailleurs beaucoup, beaucoup en commun. A commencer par une femme divorcée avec un enfant à charge. Mais si, dans le cas de Ringu, l'ex-mari était plutôt bienveillant, ici, il n'en est rien.

Madame Matsubara vient de divorcer et son ex mari qui entend bien lui mettre des bâtons dans les roue, fait tout pour obtenir la garde d'Ikuko, leur fille de 6 ans. Sachant qu'il ne s'est jamais intéressé à elle, au point d'oublier son anniversaire, on comprend bien qu'ils'agit juste d'une vacherie faite à son ex-femme. Mais Madame Matsubara tient bon, malgré les difficulté, et emménage avec Ikuko dans un nouvel appartement.. qui se révèle vite être un endroit très insalubre.D'abord une tâche apparue au plafond qui s'agrandit de jour en jour, au point d'envahir le plafond, d'où l'eau coule de plus en plus. Et le concierge, bien qu'avertit, ne fait strictement rien.
Et puis il y a, comme dans Ringu, une fille disparue, ici, une petite fille: Mitsuko, 5 ans, qui habitait l'appartement du dessus, jusqu'à sa disparition 2 ans plus tôt, justement celui d'où viennent les fuites. Et dont le spectre prend un malin plaisir à apparaître dans le champ, à peine visible parfois.

Là où en théorie, il devrait y avoir une seule petite fille..

L'eau est partout. Mais vraiment par tout: dehors, en pleine saison des pluies, et dedans. Dans l'appartement où elle dégouline de plus en plus, dans l'appartement du dessus, où elle coule à verse, sur le toit dans une citerne rouillée et menaçante qui déborde...

Je crois que c'est un peu humide..

Que représente-t-elle? Parce qu'on est bien d'accord qu'au delà du simple film d'angoisse, l'omniprésence de l'eau n'est pas là par hasard.On est dans un film asiatique, pas dans son remake américain (parce que oui, il y en a un, mais malgré la présence de l'excellent Tim Roth, je ne le sens pas...parce que justement en général, les studios américains ont tendance à évacuer tout le côté symbolique et/ ou social pour ne faire que du grand spectacle). Donc que représente l'eau? La société japonaise, rouillée et en train de sedéliter? La vie de Madame Matsubara, qui part littéralement à vau-l'eau? La névrose et la folie, peut-être? Car rien ne prouve que, sil la fuite est réelle, il ne s'agit pas simplement d'une fuite, et que les visions fantômatiques de madame Matsubara ne sont pas le résultat des pressions que lui fait subir son ex-mari.. et la société, on y revient.

Car oui, c'est autant l'histoire du fantôme qu'une petite fille, que (et j'avais déjà dit ça pour le film précédent) la dénonciation par petite touches du sort fait aux femmes qui travaillent, supposées de mauvaises mères car elles arrivent en retard pour chercher leurs enfants à l'école. Là, je ne sais pas si c'est un élément présent déjà dans les nouvelles - du même auteur - qui ont servi de base aux deux films, ou une touche personnelle de Nakata.
En tout cas, et d'un point de vue purement filmique, il fait son petit effet. Nakata sait distiller l'angoisse et le mystère par petites touches: une tâche au plafond qui s'agrandit peu a peu. Un sac rouge de petite fille qui ne cesse de réapparaître sur le toi, peu importe le nombre de fois où il est jeté à la poubelle, des cheveux qui sortent du robinet.. et cette eau, de plus en plus turbide, qui coule de robinet qui s'ouvrent seuls.


J'avoue, j'adore ce genre de cinéma qui convoque le bizarre là où il ne devrait pas être, qui tord la réalité: la définition même du fantastique. Et ça marche mieux sur moi que n'importe quel effet spécial super léché, qui sonnera faux, parce que trop travaillé justement.
Et je n'ai pas parlé de l'emploi de la couleur, ce jaune sale qui envahit tout, ces intérieurs gris (sale aussi) éclairés chichement de néons déprimants..

Ensuite, Dark Water est postérieur à Ringu, et je l'ai trouvé un peu plus réussi, parce qu'il faut bien l'avouer, Ringu pâtissait parfois d'un manque de moyen. Un an plus tard, les sous sont rentrés dans les caisses, et le budget est un peu plus confortable. Ca fait quand même une énorme différence, mais, et c'est là l'essentiel, sans sacrifier à la facilité. Enfin, la plupart du temps ( la séquence dans l'ascenseur avec le fantôme, j'ai eu pitié de la petite fille assez mal maquillée en monstre, d'autant que c'est quasiment le décalque de la séquence de Ringu dans le puits avec le squelette. Et pour le coup, je l'ai trouvée plus réussie dans sa première version qu'avec un maquillage un peu cheap)
Mais en dépit de ça, c'est du tout bon: la narration par petites touches angoissantes de bizarreries, l'utilisation de la profondeur de champ dans des espaces exigus, le jeu de regards entre ce qui est montré et ce qui est caché...

Juste un couloir, un long couloir d'école primaire, mais ça marche très bien avec la vue à hauteur d'enfant
... surtout quand le plan suivant est celui-ci!
Et donc malgré ses quelques défauts ( quand il essaye justement de montrer plutôt que de suggérer) , je le conseille chaudement à tout amateur de trouille nippone.

jeudi 13 avril 2017

Je veux devenir moine zen! - Miura Kiyohiro

Encore une découverte de la promo des 30 ans Picquier.





Je veux devenir moine zen!
C'est en substance ce que le petit Ryôta, 8 ans, déclare un jour à ses parents. Le gamin a en effet l'habitude de suivre son père le dimanche lorsqu'il se rend au temple près de chez lui, pour des séances de méditation zazen. Chose surprenant, et en premier lieu pour les parents, Ryôta, qui est un enfant remuant et dissipé au quotidien, se change en enfant sage, calme et sérieux lors de ces séances. Mais pas d'inquiétude à avoir, ça lui passera.
Sauf que ça ne lui passe pas. De semaine en semaine, Ryôta tanne son père pour qu'il parle de lui à la nonne du temple, une vieille dame plutôt originale et décalée, qui boit des litres de thé, fume comme un pompier et rigole beaucoup. Mais qu'on ne s'y trompe pas, cette facette joviale n'est en rien en contradiction avec sa vocation ascétique.
Car il y a dans le bouddhisme différents courants, exactement comme les différents ordres de moines européens. Plus ou moins stricts, plus ou moins détaché de la société civile, réclamant le célibat ou au contraire n'interdisant pas une vie civile et maritale, etc...
Et le courant de Bunkai-san la nonne ( ce terme me gêne, il sonne trop chrétien, de même que "l'abbesse" qui est utilisé dans la traduction. De fait elle est bonzesse. Je sais que c'est moche en français, que ça sonne trop "gonzesse", mais le fait est que c'est bien le terme qui désigne une femme bonze) est justement l'un des plus stricts, prônant le dénuement, le détachement. Son objectif avoué à elle est d'ailleurs de quitter le temple dont elle a la charge lorsqu'elle aura trouvé un successeur, et de repartir sur les routes comme vagabonde, à plus de 70 ans.
Un bien curieux choix donc que celui de Ryôta, qui veut d'emblée adhérer à cette voie d'ascétisme.
Mais même en grandissant, il n'en démord pas, c'est son choix, sa vocation, et rien ne se mettra en travers de ce projet, y compris sa famille de lus en plus déboussolée. Les parents s'interrogent, se disputent chacun accusant plus ou moins l'autre d'être la cause de ce choix, suspectent la nonne d'utiliser Ryôta pour arriver à ses fins, d'autant que la formation de moine exige qu'il rompe les liens avec sa famille, allant jusqu'à changer de nom.

Donc plus que le parcours de Ryôta et de son choix de vie et professionnel, c'est les répercussions de ce choix sur sa famille pourtant laïque et très peu branchée religion qui sont au centre du livre. Le père participe à des séances de méditation, mais plus pour le côté spirituel que réellement religieux (oui il y a une différence).
Et aussi en filigrane, la problématique de ce qui peu se passer lorsqu'un enfant ou quelqu'un en général ne suit pas la oie "habituelle", celle que ses parents avaient plus ou moins prévue pour lui. Sans avoir vraiment d'ambition arrêté pour leur fils, ils le voyaient plutôt batteur dans un groupe de jazz, ou à la limite employé de bureau..et ce choix profond, assumé, décidé vient les prendre de court, au points qu'ils espèrent que la petite soeur, qui fait tout comme son grand frère, n'optera pas pour la même voie. Comment faire admettre à ses parents , à ses proches, que ce choix n'est pas dicté par l'envie de faire plaisir à quelqu'un mais bien personnel, quitte à les décevoir en n'étant pas le fils qu'ils auraient espéré? Car paradoxalement ils sont plus déçus de le voir embrasser une carrière religieuse relativement stable que s'il avait décidé de devenir batteur professionnel, donc artiste aux revenus irréguliers..

Un livre assez court que j'ai trouvé plutôt intéressant, déjà parce que sa problématique sort de l'ordinaire, en tout cas de ce que j'ai l'habitude de lire, et ensuite parce que c'est une approche littéraire d'un sujet, la spiritualité zen, qui m'est très peu connu. L'éditeur a d'ailleurs pensé à ses lecteurs novices en la matière en ajoutant un grand nombre de notes explicatives, ce qui permet de mieux cerner cette religion - surtout dans sa branche la plus ascétique - peu connue du grand public occidental.
Comme il s'agit d'un roman, la forme est un peu plus accessible que celle d'un essai.
Sans être un coup de coeur, c'est malgré tout une lecture intéressante. Et même parfois drôle avec la bonzesse, assez éloignée de ce qu'on pourrait imaginer d'une digne religieuse.



mercredi 12 avril 2017

Sengoku chôjû Giga ( série d'animation)

Attention encore quelque chose de totalement bizarre, tant pour son sujet que pour son graphisme qui arrive avec du neuf avec du vieux. Et même du très vieux en l'occurrence

Cette série animée composée de courts épisodes met en scène des personnages historiques de l'époque Sengoku ( XV°-XVI°) caricaturés à la façon des Chôjû Giga, une série de rouleaux du XII°-XII° siècle, qui déjà, parodiait les personnages de son époque - moines, sumos, seigneurs, colpoteurs, etc.. - sous forme de petits animaux: des lapins, des singes et des grenouilles, en particulier.. dans des activités aussi variées que la lutte, la prière, un cortège funéraire, la baignade à la rivière par exemple.


une grenouille en position de statue de Bouddha


J'ai eu l'immense chance de voir ces rouleaux exposés lors d'un de mes voyages à Kyôto , tant pis pour les deux heures de queue, ce sont des trésors nationaux fragiles qui ne sont pas exposés très souvent en intégralité, et franchement ce sont des pièces magnifiques à l'encre noire sur papier, un véritable manga médiéval ( le terme manga n'existe même pas, mais le "ga" de giga est le même caractère  " image". qui se trouve aussi dans " eiga" = film ou cinéma)
lutte sumo version batracienne
la nage dans la rivière



Déjà l'an dernier les studios Ghibli avaient réalisé un court métrage reprenant et animant ce trésor national pour une campagne publicitaire d'une compagnie d'électricité, si je ne me trompe pas, c'est loin d'être évident:






Je n'ai toujours pas installé les kanas sur mon ordi, mais au passage un peu de vocabulaire:
Usagi = le lapin
Kaeru = la grenouille
Nezumi = la souris
Fukuro = le hibou
Saru = le singe

C'est de ce dernier dont je vais reparler un peu plus loin.

Et donc, animer ce prototype de manga était plutôt évident, mais n'avait pas vraiment été fait au delà de cette campagne publicitaire.
La série Sengoku Chôjû Giga reprend donc le principe mais en le transposant: cette fois, les animaux représentent des personnages réels, identifiés ( Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi, Tokugawa Ieyasu, Date Masamune) avec un dialogue tout à fait contemporain, mais un code graphique médiéval.




Pour faire simple, imaginez un dessin animé français mettant en scène François I° et ses contemporains, caricaturés dans le style des tapisseries de la dame à la licorne, par exemple, et avec le même décalage temporel de dialogues que Kaamelott. Vous y êtes.

Et donc tous ces personnages historiques sont représentés qui comme Tanuki, qui comme Kappa, qui comme oiseau, qui comme tigre ou comme singe, etc...

Donc évidemment, n'ayant pas une connaissance très poussée de cette période, j'ai du mal à saisir quelques subtilités qui sont probablement des jeux de mots: le daimyô Nobunaga est représenté comme un oiseau un peu bas de plafond, et  Toyotomi Hideyoshi comme un singe.

Pour le singe, au moins je connais la raison: Le vrai Hideyoshi était surnommé " le singe" ou "tête de singe" car il était réputé être très moche ( surnom qui lui était d'ailleurs donné par l'ami Nobunaga au servive duquel il travaillait), et plus tard de manière plus valorisante pour mettre en avant sa ruse ( car.. malin comme un singe. Moche, mais futé, puisqu'il a réussi à devenir un des hommes les plus influents de son époque alors qu'il était fils de paysan).
Je trouve qu'il ressemble de manière frappante à la marionnette de Ah-que-Johnny des guignols de l'info. Sifflez, j'men fous.


Date Masamune est un dragon doté d'un bandeau de pirate (et effectivement le personnage historique était surnommé " dragon borgne"). il y a donc une logique dans la représentation, même si je ne connais pas la raison qui fait de Nobunaga un oiseau, un coucou exactement, et de Ieyasu un tanuki, je n'ai pas trouvé de mention de tel surnom après une petite recherche sur le web. Donc peut être une allusion à une réputation quelconque de ces animaux en fait?
En tout cas il est quand même fait mention  de Mori Ranmaru ( ici, un autre oiseau)  que tout le monde s'accorde à trouver " super louche" . Et de fait, l'authentique Ranmaru était le garde du corps de Nobunaga. Les ragots de l'époque disent que c'était une garde rapprochée. Très rapprochée. Sans être forcément illégales, ces choses là n'étaient pas vraiment bien vues à l'époque non plus, surtout quand on fricote avec quelqu'un qui a 30 ans de moins.

Après, la série fait 13 épisodes ( pour la 1° saison, une suite est en cours) de quelques minutes, c'est donc un format court. J'ai presque envie de dire heureusement , parce que c'est la les limites pour le spectateur qui n'a pas une connaissance de base sur l'histoire japonaise ( et j'avoue totalement de grosse lacunes sur l'histoire du Japon classique): si la forme est agréable, il faut je pense avoir déjà une idée des lieux, personnages et événements parodiés, pour justement saisir la parodie. Ce qui est surement le cas du spectateur japonais lambda qui a du apprendre les grandes dates à la primaire, au même titre qu'un français saura facilement à quoi font référence les dates 1515 ou 1789, même s'il a oublié les grandes lignes de la période en question.
Là... je nage un peu, et du coup, sans connaître l'élément d'origine difficile de saisir vraiment la parodie, sauf dans les épisodes plus axés "comique de situation". et ce d'autant que les épisodes ne se suivent pas chronologiquement, deux épisodes successifs peuvent être séparés de plusieurs décennies, puis le suivant reviendra en arrière.

Alors intéressant, oui, parce qu'il m'a fait parler du Chôjû Giga, déjà et parce que la frustration me donne envie d'en savoir plus sur la vraie histoire. Mais en effet, frustrant quand on manque des notions de base et qu'il n'y a pas de suite narrative suffisamment marquée. Dommage, l'idée me plaisait bien, mais je nage vraiment. Si j'ai l'occasion d'ici là de me renseigner sur l'histoire "sérieuse", un jour peut-être je pourrais en apprécier la parodie, mais là, je n'ai tout simplement pas les clefs nécessaires.
Journée spéciale " le Japon historique"

dimanche 9 avril 2017

Bokashi, le compost japonais

Hop,  totalement imprévu, parce que j'en ai un peu parlé aujourd'hui justement sur Facebook. Attention, il va être question de... poubelles.

Depuis l'an dernier, et mon déménagement, j'ai une assez grande terrasse en étage, et évidemment, il était impensable pour moi de ne pas y mettre quelques plantes potagères.. et des fraisiers en pot. Autant dire que je débute dans le jardinage et je n'ai pas spécialement la main verte. Mais j'ai peut être des lecteurs fans de jardinage qui vont être intéressés, s'ils ne connaissent pas déjà.

D'autre part, j'habite dans un endroit très chaud en été, et c'est en général ce moment là que choisissent - à dessein - les éboueurs pour se mettre en grève. Et ne pas pouvoir sortir les poubelles pendant 3 semaines en juillet.. voilà, vous voyez le problème.

J'ai donc cherché une combine pour faire du compost, tout en habitant en centre ville, et j'ai trouvé, tout simplement en grande surface, une solution japonaise, le bokashi ( matière organique fermentée, en japonais)

Contrairement au compost à l'air libre, où il s'agit d'empiler en tas les déchets verts et les laisser moisir  ( impossible en ville évidemment), cette fois, c'est un compostage anaérobie, soit, sans apport d'oxygène .

Concrètement, on entasse les déchets dans un seau, soit simple, soit fait exprès muni en bas d'un robinet ... vous allez comprendre plus loin pourquoi. Et hop, couches par couches, et on alterne avec quelques cuillères d'un activateur bien spécifique, à base de son de riz ensemencé de levures (le but du jeu étant d'apporter dès le départ, les "bons" champignons et les "bonnes" levures et bactéries). Et, différence importante avec le compost aérobie, il ne produit pas de chaleur. Pas de risque pour le seau en plastique, ou ce qui se trouverait à proximité.
On tasse et on ferme jusqu'à la prochaine fournée d'épluchures.
Enfin, pas seulement d'épluchures, l'autre différence majeure avec le compost extérieur: on peut tout y mettre ( peau de poulet, arêtes de poisson, déchets animaux...). Par choix personnel, je ne le fais pas, mon compost reste donc 100% végétal.

Et du  fait d'être enfermées, désolée de le dire comme ça, mais les épluchures " marinent" car il s'agit d'un compost par fermentation. Oui, comme de la bière, de la choucroute ou du kimchi.
Donc au passage, pas d'invasion d'insectes ou d'asticots. Et quand on ouvre le seau, l'odeur est un peu piquante, mais pas immonde. Quand le seau est fermé en revanche, rien. C'est un compost qui, paraît-il, peut être fait en cuisine. Mais vu la taille de ma cuisine,le mien est dehors, bien fermé.

Et on revient au robinet dont je parlais plus tôt, car c'est la subtilité de la chose: le compost se tasse sur une grille et, en fermentant, produit un liquide qui sent la levure concentrée. Donc le robinet sert à vidanger, et il suffit de rajouter le liquide de compostage, dilué à 1% à l'eau d'arrosage, car il est très acide.
Par la suite, une fois que le compost lui même est fait, il faudra le mélanger à la terre et le laisser reposer un peu, car il est aussi trop acide pour être utilisé pur. Mais je n'en suis pas là, il va en fait bientôt me falloir un second seau pour continuer à empiler, le temps que le premier se finisse.

Mais est-ce que ça marche?

Oui, oui et re-oui.

la preuve par l'image!
Testé et approuvé par mes fraisiers, je les ai arrosés une fois avec le mélange d'eau et de jus de compost en mars, et une fois en avril. Voilà le résultat ( hum, celui de droite a moins de fleurs mais seulement parce qu'il est plus tardif. Mais ma mère n'a pas encore arrosé les siens de cette manière et me confirme qu'ils sont loin d'être aussi fournis). La menthe et la marjolaine ont l'air d'apprécier aussi.

Encore un peu de patience et à moi les bonnes fraises bio, cultivées à la méthode japonaise. C'est simple et à la portée d'une débutante comme moi. Avec le double bénéfice de réduire mes déchets en les valorisant

Pour en savoir plus:
Le compost bokashi. 
ou cette page en anglais qui précise que la méthode a été inventée ( ou plus probablement peaufinée) par l'université d'Okinawa en 1982, car le même système se retrouve aussi en chine et en Corée.

en japonais, ça se dit " ichigo", mais peu importe la langue, j'en mangerais par kilos!


samedi 8 avril 2017

rétrospective Kurosawa ( 7) - l'Ange Ivre (1948)

Comme l'an dernier, je n'arrive pas à voir les films dans l'ordre chronologique, mais tant pis.
Je parlais donc précédemment de "Vivre", avec Takashi Shimura dans le rôle principal, bureaucrate ramolli par sa vie morne.
Sa prestation ici est aux antipodes: le médecin Sanada est énergique, colérique et n'hésite pas à affronter de face les mafieux sans trembler.
Face à lui, l'autre acteur fétiche de Kurosawa, Toshiro Mifune, campe un jeune mafieux qui joue les gros durs en l'absence de son chef, à l'ombre depuis 5 ans, se vante de n'avoir peur de riens mais est terriblement vulnérable face à un ennemi aussi insaisissable que la maladie.
Les deux ont une certaine tendance à abuser de la bouteille, alors qui, du médecin en blouse blanche ou du mafieux en costume immaculé est l'ange?





 ambiguïté entretenue par le fait que seul Mifune soit présent sur l'affiche originale


D'après le dialogue c'est le médecin, ange gardien d'une population miséreuse agglutinée autour d'une mare crasseuse cause de mauvaise santé généralise dans son secteur.
Mais le titre pourrait aussi désigner aussi bien le bandit naïf qui ne se rend même pas compte qu'il n'est qu'un pion pour le parrain local.



Entre ces deux là, les relations sont loin d'être facile: Matsunaga le bandit vient un soir se faire ôter un " clou" de la main. Drôle de clou en vérité que retire sans ménagement le médecin, se faisant un malin plaisir de torturer un peu au passage un membre de la pègre type de gens qu'il considère  à peu près au même niveau que des parasites.


Mais le médecin se rend très vite compte que Matsunaga est avant tout un pauvre type, qui présente les premiers signes d'une tuberculose, et qu'il à beau jouer les durs et prétendre qu'il n'a peur de rien, il est en fait mort de trouille face à la maladie qu'il s'obstine à refuser de soigner par fierté.

Soigner ce patient rétif, ce caïd bien peu taillé pour le milieu ( le bandit profite de son impunité pour piquer régulièrement une fleur sur l'étalage du fleuriste du coin, alors qu'on se doute qu'il pourrait impunément piocher dans des marchandises de bien plus de valeur.. un bandit un peu sentimental quelque part)  et tenter de le remettre sur les rails devient une affaire personnelle pour le médecin, qui voit en Matsunaga une sorte de double plus jeune. Sanada aurait pu avoir la belle vie et un bon emploi dans une clinique renommée, s'il n'avait pas eu une addiction à l'alcool.



Moins intéressant graphiquement que les films de la décennie qui va suivre, mais vaut pour l'étonnant duo d'acteurs, et la peinture de la déliquescence du Japon d'après guerre. Dans un pays ruiné, tout va à vau-l'eau ( et de l'eau il y en a des quantités ici, de la mare croupissante aux déluges qui tombent régulièrement du ciel sur ce coin dont on peine à croire qu'il se trouve à Tokyô) et les bandits font leur loi, tant l'administration est dépassée par les événement ( et on la verra encore tout aussi dépassée dans les films suivants). Les filles passent leur temps au jazz club du coin, à tenter de séduire les plus hauts chefs de la mafia pour se faire offrir de somptueux cadeaux, bijoux et fourrures, que Nanae l'entraineuse de bar entasse de manière absurde dans sa chambre de location miteuse. Le pays est désorganisé et laissé littéralement aux mains de la pègre. Dans ce cadre aussi désolant la relation difficile mais qui se teinte d'une amitié bourrue entre les deux anti-héros que tout oppose tient du miracle.

La transformation physique de Mifune, dandy séducteur aux costumes impeccables et aux nombreux succès féminins au début du film, en pauvre type amaigri , chancelant et maladif qui n'est plus que l'ombre de lui même, mais tente quand même de sauver les apparences,  à la fin est étonnante, quasiment expressionniste.
Au delà du drame personnel des principaux protagonistes, c'est surtout une peinture sociale comme on a pu également en voir en Europe après la Guerre.
Un bon film donc, intéressant, par son sujet et sa critique sociale, les deux acteurs sont excellents, mais il lui manque quelque chose, qui va vite arriver par la suite. Peut-être une ambition, ou une ampleur qui n'est pas encore vraiment là.
Il y a quelques scènes mi-cocasses mi tragiques ( tel cette baston de mafieux qui dérapent dans la peinture et se retrouvent "blanchis" au sens propre), on sent que le réalisateur n'est pas un débutant, mais qu'il n'a pas encore tout à fait atteint son plein potentiel.


L'ange Ivre pâtit aussi du fait que je l'ai vu juste après Vivre, et qu'on y retrouve beaucoup de sujet communs: la maladie, la misère, la lutte d'un individu contre son sort...et que par conséquent, la comparaison n'est pas en faveur du plus ancien des deux. Mais il reste un bon film malgré tout, avec quelque chose de russe là dedans ( ce qui n'étonnera pas puisque pas mal des sujets de Kurosawa sont inspirés de la littérature classique occidentale, et je ne l'avais pas dit, mais Vivre était plus ou moins une transposition de "La mort d'Ivan Illitch" de Tolstoï)

Et je note deux petites remarques du médecin à son infirmière, Miyo: ancienne maîtresse du chef Okada , qui risque de sortir de prison d'un moment à l'autre, elle hésite entre rester cachée chez le médecin ou retourner trouver Okada, qui la cherche et menace le médecin, alors que sa vie est en danger - ça n'est pas précisé, mais j'ai fortement l'impression qu'il est allé en prison parce qu'elle l'a dénoncé ou quelque chose de ce genre. Sanada lui fait d'abord remarquer que hommes et femmes sont égaux , et deuxièmement,  qu'elle n'a pas à se sacrifier, que c'est une mauvaise habitude japonaise.Japon 1948 pour mémoire, on n'est pas franchement dans le pays le plus égalitariste du monde, et le médecin critique une convention sociale très courante.
La censure s'est un peu assouplie avec la fin de la guerre, mais ce n'est que relatif, et on ne m'ôtera pas de l'idée que c'est la critique sociale qui prime sur tout le reste, bien qu'elle n'apparaisse que par métaphore ( la mare ) ou au détour d'un dialogue.


La séance cinéma du vendredi se prolonge le samedi ( parce que j'ai trop de films à chroniquer!)