mercredi 31 août 2016

Bilan monstrueux.

Et voilà, le mois o-bon, c'est terminé. Mais j'ai laissé un peu de temps à Sylvain qui a été bien occupé de publier ses billets.

Et donc, cette année, nous n'avons été que deux vaillants chasseurs de fantômes, c'est vrai que O-bon tombe en pleine période de vacances chez nous, les gens ne sont pas forcément présents ou libres. Mais pas de souci, vous pouvez toujours venir commenter, la porte est ouverte ( attention à l'esprit des interstices quand même, il est facétieux)

Et donc de mon côté, je n'ai pas bouclé tout ce que je voulais, c'est vrai, surtout peu de lectures faute de temps. Entre le festival, les amis de passage, la chaleur qui écrase toutes les meilleures volontés, le surcroit de travail, difficile de trouver l'énergie de lire.Regarder un ou 2 Episodes de série, ou un film,  le soir devant le ventilateur est définitivement plus simple

Mais, malgré tout, 3 yokai de plus à mon tableau de chasse. Ou plutôt trois types de yokai
- Les Kitsune
- Les objets hantés
- Les femmes fatales

Deux séries d'animation
- Flying witch
- Gingintsune

Un long métrage d'animation
- Pompoko

Une paire de jeux casual
- Zombie Girl & Zombie boy

et des illustrations à ne pas mettre sous tous les yeux
- Macabre et érotisme

 Une sorcière, des zombies, des yokai. Je n'ai hélas pas eu assez de temps pour les fantômes de Ring ou Ju-on. Et puis je suis plutôt partie sur des envie d'animation que de film live.

J'ai encore 2 courtes séries animées à chroniquer, l'une mettant en scène un esprit des sources et l'autre des chimères ( sirène, homme-poulpe, homme-bulot.. oui oui, homme-bulot...), mais comme je les ai vues après le 15 aout, ça me fera donc un premier billet fantastique pour le challenge Halloween.

Et un deuxième billet avec les 5 premiers tomes du Pacte des Yokai, j'ai voulu donner une chance à cette série dont le 1° tome ne m'avais pas convaincue.. J'y reviendrai d'ici peu.

Chez Sylvain, mon ami collectionneur d'estampes, ce sont les illustrations de Biyu Suikoden de Yohitoshi qui on été mises en avant, illustration autour d'un roman chinois, " au bord de l'eau " ( qu je n'ai pas encore lu, mais que je connaissais sous le titre " les 108 brigands")
Cette histoire a été adaptée entre autres en Chine à l'Opéra de Pékin, en film... et  au Japon en manga, en jeu vidéo.. mais bien avant ça en série d'estampes, où Yoshitoshi ne se prive pas de faire référence à la magie et au fantastique.


Présentation
Madaramaru invoque un bakeneko
Le fantôme de Yaegakihime

Et deux expositions (qu'il n'a pu voir , pas plus que moi, puis qu'elles se sont tenues au Japon.)
Nota: j'adore les affiches d'exposition japonaises, toujours très recherchées, j'en au rame né à chaque fois que j'y suis allée! Elles sont en général assez faciles à trouver,  au format A4, sur des présentoirs dans les stations de métro, à l'entrée des musées, dans les lieux passants.
- From Eery to endearing ,Yokai in the arts of Japan, Musée Edo - Tôkyô
Superbe, superbe affiche!
- Scary pictures Musée Ota Tôkyô


Merci à lui de sa participation à ces quelques courtes semaines fantastiques. Plus qu'un mois à tenir avant le challenge  Halloween!
A bientôt... n'oubliez pas que les monstres ne sont jamais très loin de vous.

lundi 15 août 2016

illustrations: macabre et érotisme

 Alors bien sûr blabla,  NSFW,  PEGI 18 tout ça, tout ça. Mais avec le titre on pouvait déjà s'en douter

Haaa le bon vieux combat entre Eros et Thanathos. Qui devient parfois une association assez curieuse, dérangeante ou même drôle à force de bizarrerie.

Ca ne date pas d'hier, les estampes érotiques, "viens chez moi je te montrerai mes estampes japonaises".

Certains dessinateurs, et parmi les plus célèbres en leur temps en ont même fait une spécialité: que ce soit Utagawa Kuniyoshi (l'auteur du squelette géant, logo de l'an dernier) ou Utagawa Kunisada ( ce ne sont pas deux frères, simplement Utagawa est le nom de l'école de peinture à laquelle les deux se rattachent), Utamaro, Hiroshige, ou Hokusai , tous les grands noms ou presque s'y sont prêtés.
on commence soft avec juste une petite paire de fesses dans un lupanar, signé Utamaro

ça n'exclut pas l'humour ( Kawanabe Kyôsai) sur celle de gauche, regardez le chat. Le monsieur va avoir une très mauvaise surprise, hurlement dans 3....2.... 1....
De la simple estampe sous entendue à la plus cochonne, de la fesse rebondie dans un coin de l'image aux galipettes carrément acrobatiques (avec des messieurs particulièrement dotés par la nature), tout y est évoqué y compris les pratiques les plus bizarres, je vous laisse chercher "la femme du pêcheur" d'Hokusai, probablement l'inventeur fétichisme des tentacules.
Tapez "shunga" ( images de printemps!) pour satisfaire votre curiosité dans un moteur de recherche, c'est tout sauf de jolis arbres en fleurs, même s'il y a des "tiges" en pleine croissance, et des, aheum,  fruits bien rebondis

L'estampe macabre ça existe aussi depuis longtemps ici: un extrait de la série "28 scènes de meurtres célèbres " de Yoshitoshi, inspiré des scènes de meurtre du théâtre Kabuki. Blood and guts!

Et donc bien sur, l'estampe Fantastique, fantômes, monstres, et toute la clique..
Utagawa Toyokuni - le fantôme d'Oiwa
Maintenant, est-ce qu'on peut mélanger deux de ces composants, voire, les 3: le surnaturel, le glauque et l'érotisme? Evidemment!
C'est juste un peu plus récent. Aux alentours des années 30, via l'influence de l'auteur de romans Edogawa Ranpo et le mouvement "Ero Guro" ( Erotique grotesque) d'abord littéraire avant de marquer les arts graphiques.

Commençons là encore gentiment avec Yamamoto Takato, artiste contemporain ( né en 1960), dont les gravures ont un côté art nouveau, qui semble justement rendre hommage au début de ce mouvement.
Il lui même baptisé son style " heisei estheticism"  et pioche sans complexe dans la culture européenne, en mettant en scène jolies filles, ou jolis garçons ( parfois il est difficile de le savoir), souvent entravés dans des cordes ou des ronces, munis d'objets tranchants, squelettes,  têtes coupées, etc...
On y trouve des référence à Alice au Pays des Merveilles ( nota: je me demande ce que les japonais ont avec cette histoire, on y trouve des références absolument partout, y compris un café entier sur cette thématique , assez décevant d'ailleurs,  à Tôkyô) , à Saint Sébastien, à Salomé et Jean-Baptiste, qui rappellent forcément Aubrey Beardsley.

Quelques éléments qui reviennent sans cesse: les jumelles/ jumeaux, les poupées en robe de dentelle, les teints blêmes, la lune bien ronde.. tiens donc, des images classiques du film de trouille!

Même quand il n'y a ni sang, ni meurtres, l'ambiance est inquiétante...on en sait pas trop si les personnages sont des poupées réalistes, ou des humains déguisés en poupées, s'ils sont morts ou vivants, ou s'il s'agit de revenants...


Sérénade. C'est le titre.
 Allez, on rajoute une dose d'Eros et de Thanatos, avec quelques vampires

Alors là, s'il n'y a pas influence directe des gravures d'Aubrey Beardsley pour la pièce Salomé d'Oscar Wilde, je veux bien passer la nuit à regarder des films d'horreur japonais seule et sans lumière!
Et cette Salomé provocante n'est d'ailleurs peut être pas une femme
même lorsque qu' priori rien en semble violent, il y a quand même le détail qui cloche. Ses jambes. Comment peuvent-elles être sans cette position par rapport à son torse? Il n'y a qu'une seule réponse possible.


 J'aime beaucoup, je trouve cette esthétique plus décadente ( au sens années 20) que vraiment macabre, mais une chose me gène cependant un peu. Ce n'est pas le sang ou les têtes coupées, mais le fait que souvent il s'agisse de personnages très jeunes, en tenue d'écolière, ou de petits garçons dans des poses lascives.. J'ai donc essayé de sélectionner quelques estampes, disons, plus " majeures", mais c'est à savoir  si vous fouillez le net.

Pour Saeki Toshio ça va être léééégèrement plus coriace de trouver des estampes disons "acceptables " ici (encore une fois, je ne veux pas que mon blog soit le rendez vous des pervers, mais vu l'esthétique du bonhomme... Disons que ce qui est suggéré ( découpages, meurtres, tripotages en tous genre, cannibalisme, torture etc..) chez Yamamoto ne l'est plus du tout chez Saeki.

Là on n'est plus dans une esthétique d'estampes, plutôt une esthétique cartoonesque ( gros aplats de couleurs, détourage), ce qui rend les choses, disons, moins glauques? Ou en tout cas, le décalage causé par le côté outré et irréaliste de la scène, atténue un peu?
Ca et le fait que même dans les situations très glauques, il y a souvent un personnage qui semble n'avoir conscience de rien, ou s'en foutre totalement.

( tiens je note que Toshio Saeki était aussi le nom du fantôme dans le film Ju-on, il me semble. Petit hommage au passage?)

On va essayer de commencer gentiment, enfin, si c'est possible, mais ça veut dire " déjà à oilpé", voire plus en os qu'en chair


ce petit gamin aux cheveux tondus revient souvent, et il a des visions de cauchemar bien ....cauchemardesques
.. et les fantômes lui en veulent personnellement
une que je trouve bien drôle, un poisson et la pieuvre de la femme du pêcheur dégustant des sushis d'humain
 Allez, quand faut y aller. On va s'aventurer chez les monstres partouzeurs..





Alors juste pour vous faire marrer, j'ai découvert ces dessins via un post facebook.. vous connaissez la bigoterie mal placée de ce genre de site? L'article était illustré par les deux dessins ci dessus.
Devinez lequel a été censuré?

Oui: le bassin de la femme squelette était flouté.
Non parce que montrer ainsi ses ischions à tout le monde c'est déplacé pour la morale facebook.
Les nichons de l'apparition du dessus aussi.
Par contre les boyaux à l'air ça ça passe nickel.

Oui pour facebook, une éviscération est moins choquante qu'une paire de nichons, et un bassin en os , aussi problématique qu'une paire de fesses en chair.
Je toute cette conception tellement faux-cul ( et ni en chair, ni en os pour le coup). Le sexe qui serait plus grave que la violence (en même temps de la part d'un site qui a censuré une page sur l'allaitement maternel parce qu'on y voyait un sein, pas du tout sans raison pour une fois, mais laisse passer régulièrement des messages homophobes, racistes et des vidéos de torture sur animaux, plus rien ne m'étonne)

Donc voilà, là aussi, j'ai pris les illustrations les plus soft. Oui. S'il vous prend l'envie d'aller chercher sur le net, sachez que pour le coup, là, c'est torture et cannibalisme.

Personnellement, je préfère les illustrations de Yamamoto Takato. Non seulement pour le côté plus suggéré qui laisse plus de place à l'interprétation ( et ce qu'on imagine peut parfois être pire que ce qui est montré, d'autant que son graphisme est foncièrement plus réaliste que chez Saeki), et l'exagération de Saeki me donne plutôt envie de sourire, mais surtout pour son choix esthétique et ses couleurs sobres qui correspondent plus à mes goûts.

Voilà profitez, les billets comme ça, il n'y en aura pas souvent, je le dis, je n'ai pas trop envie de voir mon blog classé X sur la foi d'un seul sujet un peu dénudé doté d'images olé-olé, et sans lire le texte qui y correspond.

par contre une ogresse qui tient une tête coupée, ça c'est sans problème

vendredi 12 août 2016

jours de fête!

Un petit billet hors fantastique, pour parler d'un nouveau jour férié au Japon.
Car le Japon a  crée de toutes pièces cette année un nouveau jour férié: le Yama no Hi ( jour de la montagne)

Le mont fuji est trop connu, voilà donc pour illustrer des montagnes d'Hokkaidô

Un jour donc dédié à la montagne, aux activités de plein air, décidé en 2014 mais mis en place cette année seulement.
Et chômé, s'il vous plait.
Un jour férié pour faire pendant à celui de la mer ( Umi no Hi) qui a lieu tous les ans en juillet.
Okinawa, pour se balader du nord au sud...


Un nouveau jour férié, qui est donc apolitique et non-religieux.
Si vous saviez ce que je rêve de voir la France décider ça: on lutte contre les manifestations religieuses mais en même temps, on fête encore officiellement saint Truc et Saint Machin, et des choses donc pas une personne sur 100 ne sait à quoi ça fait référence ( Pentecôte? Jamais pu mémoriser à quoi sert cette fête à part faire une féria à Nîmes)
Et quand on crée une fête, que ça prend bien, fête de la musique pour ne citer qu'elle, évidemment, elle n'est ni fériée, ni chômée. Grmmmmmblblbl

Et finalement , les japonais ont peu de vacances au sens congés payés, mais un paquet de jours fériés. Et encore je ne compte pas les fêtes et festivals régionaux qui peuvent être chômés dans un coin et ne correspondre à rien dans un autre)

Mais voilà la liste des jours importants non travaillés, à savoir pour prévoir un voyage.

Janvier:
Ganjitsu, le jour de l'an
2° lundi : Seijin no hi, fête de la majorité. l'âge de la majorité est fixé à 20 ans au Japon, et ce jour là, férié pour tout le monde, on fait la grosse fiesta pour souhaiter collectivement un bon anniversaire (et le droit de boire de l'alcool) à tous les gens qui vont fêter leurs 20 ans dans l'année (plus précisément ceux qui ont eu ou vont avoir 20 ans entre le 2 avril de l'année passée et le 1 avril de celle en cours, l'année étant traditionnellement comptée à partir du printemps, ce qui explique que la rentrée scolaire se fasse en Avril)

Février
11 : Kenkoku kinen no hi, anniversaire de la fondation de l'état ( et si le 11 tombe un dimanche, c'est le lundi qui est chômé)

Mars
Equinoxe de printemps ( entre le 19 et le 22 selon les années): Shunbun no hi fête de l'équinoxe de printemps

Avril
29: Shôwa no Hi: date anniversaire de l'ancien empereur Hirohito

Mai*
3 : Kenpô Kinenbi: fête de la constitution, célébrant l'entrée en vigueur de la constitution du pays, le 3 mai 1947
4: Midori no hi , jour de la nature
5: Kodomo no hi, jour des enfants, les rues sont décorées de koinobori, des drapeau en forme de carpe, qui représentent la ténacité, la force et la persévérance ce que l'on souhaite donc aux garçons généralement à la génération suivante. Les filles ont leur fête le 3 mars ( hina matsuri) mais elle n'est pas fériée.

* vu la proximité entre le jour férié de fin avril et les 3 consécutifs début mai, beaucoup d'entreprises ferment une semaine à ce moment là, un trop grand nombre d'employés voulant poser le 30 avril et 1 et 2 mai en congés pour avoir une semaine entière de vacances, autant décider d'une semaine de fermeture directement à ce moment là: c'est la Golden Week dont on entend beaucoup parler un peu partout.
C'est probablement le pire moment pour vouloir visiter le Japon en tant que touriste, car les hôtels, ryôkan, stations balnéaires ( qui ne ne chôment pas pour le coup), sont littéralement pris d'assaut par des hordes de citadins désireux de passer une semaine au vert au moment de la fête de la nature.

Expérience vécue par l'association avec laquelle je prends des cours, ils ont du renoncer à un voyage prévu à ce moment là,  il y avait trop peu d'hébergement libres, et les prix de ceux restants avaient triplé.

Et si vous avez l'oeil ( ou travaillez dans le tourisme ou l'hôtellerie en France), vous aurez constaté que c'est exactement pendant cette semaine que les groupes de touristes japonais affluent en Europe. La raison est donc simple: il est plus facile avec cette série de jours férié de caler un voyage d'une semaine sans trop entamer les 15 à 20 précieux jours de congés payés accordés en moyenne à un(e) salarié(e) japonais(e).

Et corollairement, l'association  reçois tous les 2 ans un groupe d'adultes qui  viennent passer quelques jours en immersion pile à ce moment là. Mais il peuvent avoir aussi une mauvaise surprise et il y a 3 ans, leur voyage a été annulé, car le pays était en situation financière difficile depuis 2011 - on devine la raison-  et beaucoup d'entreprises n'ont pas fermé entre les jours fériés...

Juin: pas de jour férié chômé

Juillet:
3° lundi de juillet: Umi no hi, journée de la mer. Le jour tombant en pleine période de canicule, autant dire que c'est le moment idéal pour une promenade en forêt tant la plage est bondée.

Août
11: Yama no Hi donc. Si on allait à la plage?

Septembre
3° lundi :Keirô no hi, jour des personnes âgées ( on a bien une "fête des grands-mères" plus ou moins en lien avec la marque de café du même nom, mais évidemment, non officielle et non chômée, collons ça un dimanche, ça ne gênera pas trop, qu'elles s'en contentent!)
22 ou 23: Shûbun no Hi, fête de l'équinoxe d'automne

Octobre
2° lundi: Taiiku no Hi: journée du sport. L'idée parait farfelue, mais c'est une vraie fête, pas seulement uen mise en avant de " faites du sport c'est bon pour la santé" ( je suis arrivée pile à ce moment là à Tôkyô une année. Des défilés partout de groupes de danses de rue dans le quartier Ikebukuro, beaucoup de retraités ou de personnes âgées qui faisaient des animations ou jouaient de la musique. Et le lendemain, des démonstrations de tir à l'arc et d'art martiaux dans les temples par exemple). Ce ne sont d'ailleurs pas toujours des sports comme on pourrait l'entendre ( foot, tennis, rugby, baseball, ou judo, karaté, sumo...) mais aussi les trucs fun qu'on adorait à l'école, du moment qu'il s'agissait de se défouler: course en sac, balle au prisonnier, tir à la corde...
(hum, je milite pour une fédé internationale de balle aux prisonniers, avec participation aux prochains JO)

Novembre
3 Bunka no hi. Jour de la culture.On a eu les jambes en octobre, voilà la mise en valeur de la tête
23 Kinrô Kansha no hi: fête du travail ( chômée comme il se doit!)

Décembre
23: Tennô tanjobi: anniversaire de l'actuel empereur . Pour combien de temps, puisqu'Akihito a annoncé à mots couverts il y a juste quelques jours une sorte d'envie de partir à la  retraite? (la constitution de 1947 - voir 3 mai-  ne prévoit ce cas de figure, et la situation est plus qu'épineuse, surtout pour les nationalistes forcenés qui perdent un peu leur raison d'être à partir du moment ou l'empereur veut partir de lui-même)

16 jours fériés chômés donc.

La fête de tanabata (7 juillet) et O bon, ne sont pas chômés, même s'ils figurent au calendrier officiel des fêtes. a tout ça s'ajoutent les fêtes locales . Je ne sais pas ce qu'il en est pour le jidai Matsuri ( fête des âges -  des différentes époques de l'histoire - à Kyôto le 22 octobre, mais vu la foule qui se presse pour admirer le défilé , il est possible qu 'il soit localement férié. Il faudrait que je demande à des gens de Kyôto pour le savoir)

Et non, pas de Noël férié, même si des gens décident de leur propre chef ( et surtout, beaucoup poussés par les commerçants) de le fêter, ça ne correspond à rien là bas, donc, on bosse ou on va en cours le 25 décembre, ce qui a bien dérouté un de mes compatriotes quand il est allé étudier un an au Japon.
Moi j'avais plutôt été étonnée de voir partout des babioles et colifichets et décorations pour Halloween à l'hôtel où j'étais , puisque ça ne se fête pas non plus officiellement. Babioles enlevées et remplacées dans la nuit du 31 octobre au 1 novembre par des décorations de Noël, avec donc énormément d'avance. J'ai pensé que c'était du au fait qu'il s'agisse d'un hôtel, un lieu accueillant des touristes de toutes cultures et qui, par conséquent, mettait en avant des fêtes d'autres traditions, mais renseignement pris, non. Les décos de Halloween et Noël sont à peu près partout, y compris lieux non touristiques, c'est plutôt l'idée que tout prétexte est bon pour faire la fête". On n'imagine pas trop ça à priori, mais apparemment, le Japon est un pays de joyeux fêtards. Si j'en juge par les matsuri divers et variés, tout au long de l'année, en effet, faire la fête pour un oui ou un non n'est pas rare.

Tiens, il faudra que je fasse un sujet sur les matsuri  à l'occasion.

jeudi 11 août 2016

Yokai à l 'honneur (6) - Des femmes... fatales

Là aussi, je vais faire un tir groupé pour plusieurs yokai, soit parce qu'ils sont peu documentés, soit parce qu'ils restreignent leurs activités à un seul endroit, ou sont supposés n'être apparus qu'une seule fois.

Et si la Grèce a ses magiciennes, ses harpies, ses sirènes et sa sphinge, le Japon n'est pas en reste de mégères énervées ou de séductrices mortelles.
On a déjà parlé des renardes qui se font passer pour humaines afin d'égarer les hommes, des femmes serpents dans les contes et légendes, pas toujours perçues dans un cas comme dans l'autre comme négatives d'ailleurs, certaines n'ont pris forme humaine que par amour pour un mortel et non pour en faire leur prochain repas.

Et puisqu'on parle de serpents, commençons par nure-onna, la "femme trempée"
par Sûshi Sawaki

Un serpent à tête de femme, qui sévit au bord des lacs et rivières. Et son but, cette fois, c'est bien de faire un festin du malheureux ou de la malheureuse qui voudra porter secours à cette " femme" qui donne l'impression de se noyer. Parfois dotée de bras, elle transporte un paquet qui semble être un enfant emmailloté, qu'elle colle dans les mains de sa proie, semblant vouloir se suicider. Il ne s'agit bien sur qu'un d'un subterfuge, le paquet s'alourdissant au point que la victime ne peu plus ni le poser ni s'enfuir.
et par notre ami Sekien.

Donc si vous voyez une femme au longs cheveux bruns, en kimono, sur une plage japonaise,  qui semble vouloir se suicider, ou qui se noie dans la mer, n'intervenez pas, appelez plutôt les secours au téléphone.  Ha oui. en japonais, évidemment.

 - La Rokuro Kubi . Une femme tout à fait normale.. en plein jour, mais qui montre sa nature la nuit venue. Il s'agit d'un monstre au cou extensible et pendant que son corps dort tranquillement, son cou et sa tête vont se promener en quête de proies , elles aussi endormies. Dans certain cas, sa tête peut même se détacher et aller manger toute seule indépendamment.

Etrange situation, dont la rokuro kubi elle même n'est pas toujours consciente. Elle peut même totalement ignorer sa condition et vampiriser nuit après nuit les gens alentours sans même s'en rendre compte.
Pour celles qui savent, on les trouve plutôt dans les quartiers louches et les maisons de plaisirs, où elles peuvent satisfaire leur goût pour la chair fraîche sans trop de difficultés. Pas forcément uniquement pour la  chair fraîche, d'ailleurs, elles sont supposées aspirer "l'énergie vitale" de leurs victimes. Je ne ferai pas de jeu de mot tendancieux, mais je vous l'envoie par télépathie.

version Hokusai.

Je vois d'ici le glissement qui a pu se faire, d'une mise en garde des naïfs un peu trop fêtards contre les milieux interlopes et leurs dangers à la menace d'une attaque de vampire ( vous ne pouvez pas savoir à quel point je me retiens de le faire, ce jeu de mots. Bon, tant pis. Tant les deux cas, ça reste une histoire de bourse, et le malheureux finira pompé et à sec, physiquement,  métaphoriquement et monétairement)

- Yuki Onna. Une femme glaciale, au sens propre puisqu'il s'agit de la " dame des neiges".
Un yokai que l'on rencontre donc très logiquement en montagne et dans les régions du nord. Une jolie fille au teint très pale, vête du blanc qui erre l'hiver dans la neige. Pas facile à repérer, d'autant qu'elle peut flotter au dessus du sol, ou se changer en brume ( là encore on devine ce qui s'est passé: les nappes de brume, flottant la nuit en hiver qui peuvent ressembler à des apparitions fantomatiques, et personnifient les dangers de l'hiver et des tempêtes de neige)
par Sûshi Sawaki
Avantage: elle ne chante pas n'importe quoi en faisant des bonshommes de neige - pardon, desYuki Daruma. Désavantage: elle peut vous geler d'un regard ou en vous soufflant au visage. Elle n'est pas foncièrement mauvaise, mais déteste être dérangée et surtout vue. Dans ce cas là, peu de chance d'en réchapper, elle vous gèlera jusqu'aux os avant de se rassasier de votre âme.
Un yokai assez connu qu'on peut croiser assez facilement au détour des mangas et anime, de mémoire, il y en a une brièvement dans les premiers tomes de Urusei Yatsura ( même qu'elle vient de la planète Neptune)

Beaucoup moins charmante mais tout aussi mortelle, Oni-baba, l'ogresse.
Son histoire est sinistre.

Autrefois humaine, elle est devenu un monstre par la site d'un affreux concours de circonstances: Nurse d'une petite fille de riche famille, et elle même mère d'une fille du même âge, elle fut chargé d'une sinistre tâche. La petite fille dont elle avait la garde était muette, et l'oracle consulté pour trouver un remède à cette situation était formel: il fallait donner à manger à la petit fille le foie d'un enfant ôté du ventre de sa mère.
Oui c'est dégueu. Et c'est bien pour ça que les parents ont chargé la nurse de trouver une femme enceinte, de l'éventrer et de trucider l'enfant pour son précieux foie. Qui partit donc, laissant son enfant, pour mener à bien cette sordide mission, ce qui n'a pas été facile, et finit par se cacher dans une grotte en attendant qu'une femme enceinte vienne à passer par là, attendit plusieurs années.
Lorsqu'enfin une femme enceinte passa effectivement à sa portée et que le forfait fut commis, bien des années s'était écoulées, et la nurse reconnut à une amulette qu'elle avait laissé à sa fille avant de partir, que la femme enceinte et l'enfant qu'elle venait de tuer étaient sa fille devenue adulte et son petit-fils (ou sa petite fille). Dans une autre variente, elle n'a pas d'enfant, et le remède est le foie d'une femme enceinte. Je ne suis pas sûre que ça soit vraiment mieux

Devenue folle en se rendant compte de son geste, on dit qu'elle vit encore dans les caverne, attaquant et mangeant non seulement les femmes enceintes, mais plus généralement tout être humain qui passe près d'elle
(je me pose une question technique toutefois.. si autant de temps avait passé, la petite muette avait aussi dû grandir au point d'avoir fait sa vie en acceptant son handicap... et probablement même de refuser un tel remède impliquant 2 meurtres)

L'histoire en tout cas est connue et a été adaptée en pièce de Nô ( du titre de Kurozuka) et l'Onibaba sous sa forme d'ogresse est étonnamment devenue la mascotte kawaii d'un village reconstitué près des lieux où se situait l'histoire. Pas très loin de Fukushima, du coup, les lieux sont toujours risqués, mais plus à cause d'un monstre mangeur de chair humaine.

Hashi Hime ( la princesse du pont) est moins dangereuse, enfin, un peu moins. C'est aussi un yokai attesté depuis le moyen-âge dans la littérature, donc la légende doit remonter à la nuit des temps.
Elle aussi était humaine, avant de devenir un monstre de colère en découvrant l'infidélité de son mari. Depuis  elle est supposée hanter un pont dans la région d'Uji, mais peut parfois être croisée ailleurs, sur un autre pont, n'importe où au Japon: une jolie femme qui va tenter de vous séduire, avant de vous montrer son visage de démon pour vous faire sombrer dans la folie. Ou, si vous passez par là, main dans la main avec votre dulciné(e) , vous contraindre à rompre sous peine de mort.
Je ne comptabilise pas dans cette série Kuchisake Onna,vu qu'elle est plutôt une légende urbaine récente dérivant d'un substrat de monstres indéfinis ( peut être une version plus jeune d'Oni baba et ses consoeurs) et j'en avais déjà parlé l'automne dernier dans un sujet halloweenesque.


mercredi 10 août 2016

Pompoko (long métrage d'animation)

 Plusieurs jours que je le mentionne en passant, ça y est cette fois, c'est bon, je parle de Pompoko.

Encore et toujours une production Ghibli, on y revient sans cesse. Celui ci est signé Takahata et n'a été distribué qu'une dizaine d'années après avoir pourtant remporté le prix du meilleurs longs métrage au festival d'Annecy en 1995 (pour ceux qui ne connaissent pas, c'est au minimum l'équivalent du festival de Cannes, mais uniquement dédié à l'animation. Et sans vedettes capricieuses sur tapis rouge).

Pourquoi?
Probablement parce qu'il est un des plus authentiquement japonais, et puise à la source des mythes et légendes japonaises, et donc qu'il faut un minimum de clefs culturelles pour l'apprécier, peut-être.
C'est une histoire fantastique mettant en scène une foule de yôkai, j'en parlais l'an dernier et je continue cette année, et c'est vrai que je l'ai plus apprécié en l'ayant revu après avoir lui " Yokai attack" l'an dernier, et "l'art japonais" cette année, parce que j'ai pu voir les références au bestiaire fantastique ( dans la séquence de grande parade des fantômes), et les références aux estampes célèbres.
deux tanukis déguisés en zasshiki warashi, esprits du foyer à l'allure d'enfants

Peut être, mais pas que...

Il y a encore l'idée tenace en France que Dessin animé = enfant. d'autant plus qu'il présente des bestioles mignonnes, avec un message écolo sur la destruction de la forêt. Sauf que les bestioles mignonnes sont des tanuki, qui adorent d'une part jouer des tours plus ou moins pendables aux humains, mais j'en parlais dans le sujet dédié aux tanuki yôkai , ils ont quelques particularités morphologiques que les parents seront embarrassés d'expliquer à leurs enfants. Imaginez Mickey, mais avec une énorme paire de roubignoles utilisables et transformables à volonté.

Ha oui, et ce dessin animé sous des dehors bon enfant et rigolo est en fait triste. Il y a des morts et un message plutôt pessimiste le traverse.

Donc dans les années 60, le Japon est en plein boom économique, Tôkyô s'agrandit en grignotant peu à peu les montagnes et forêts alentours où se construisent banlieues et cité dortoir. Sauf que dans ces forêts vivent pas mal d'animaux, et parmi eux, les tanuki, esprits farceurs de la forêt, qui n'aime rien tant que se bagarrer entre eux, et faire la fête. Depuis des siècles, ils ne se sont plus montrés et sont rangés au rang de légendes pour les humains, qui envahissent et détruisent la forêt.
Il va falloir arrêter de se battre entre eux pour faire face collectivement à ce nouvel ennemi. Et sur la manière de mener la lutte, les opinions divergent:
le panneau derrière indique la marche à suivre pour apprendre à se transformer: mettre une feuille sur la tête
Oroku Baba, la sage, pense qu'il faut remettre au goût du jour le " grand art", l'art de la transformation, que beaucoup de tanukis ne maîtrisent plus, pour passer le plus possible inaperçus, il n'y a pas de raison que ce qui a fonctionné pendant des siècles ne fonctionne plus. Et pour celà, il va falloir en passer par un strict contrôle des naissances pour limiter la surpopulation de tanukis sur un territoire réduit. Plus facile à dire qu'à faire avec des bestioles à la libido galopante!
certains sont doués en métamorphose..
et il y a Ponkichi, le plus nul de tous!

Gonta, la forte tête, est le partisan de la lutte armée, l'humain est un ennemi à abattre, s'il faut tous les massacrer, tant pis ( la plupart d'entre eux ne partagent pas cet avis, car en gourmands invétérés, ils estiment que les humains ont apporté beaucoup de bonnes choses: les chips, le poulet frit, les mochi.. que des choses qui se mangent)

Shôkichi, le narrateur, est l'intellectuel de la bande. En bon stratège, il préconise l'approche prudente, car pour faire face aux humains, il faut apprendre à les connaitre, avec leurs points faibles. Pour tenter de les contraindre à partir d'eux même sans recourir à une guerre ouverte qui serait meurtrière des deux côtés.
et c'est aussi le sentimental de la bande, qui ferait tout pour sa petite amie Okyo
et il y a les maîtres, aheum, de la transformation. que la petite communauté envoie chercher loin jusqu'à l'île de Shikoku, pour obtenir de l'aide dans leur combat.
déguisement vraiment très réussi , enfin, s'il s'agissait de faire un cosplay de tortue géniale dans Dragon ball

Mais la lutte est ardue et les tanuki, campagnards qui vivent encore vêtus à la manière des japonais du XIX° ( kimonos, geta, loisirs et jeux traditionnels, musique ancienne) ne se sont pas adaptés à l'évolution rapide de la société, contrairement à leurs comparses les renards qui ont appris à vivre en ville (eux aussi ont l'aptitude de se faire passer pour humains), travaillent parfois même jusque dans les hautes sphère d'une société à laquelle ils se sont parfaitement adaptés, vivent en costards cravate et disposent même de "bars à renardes" en tout points semblables aux bars à hôtesses humains. Mais les tanuki n'ont pas le cynisme des renards et dans ce jeu de survie ( seul le plus apte à s'adapter peut tirer son épingle du jeu), ils ne partent pas gagnants.

Mais le propos ici, et c'est ce que j'aime dans le fantastique ou la SF intelligente, qui utilise des moyens détournés pour faire passer une critique sociale sévère, n'est pas uniquement de parler de la déforestation et des gentils animaux de la forêt victimes des humains. Il y a de ça, mais c'est aussi les humains victimes des humains dont on parle: l'exode rural, les campagnards vus comme "ringards" condamnés à quitter leur mode de vie traditionnel pour se couler dans le moule suintant l'ennui  de la routine citadine: métro-boulot-dodo.
Et quand un tanuki déprimé contraint de se déguiser en modeste employé de bureau regrette sa forêt en se demandant "comment les humains peuvent-ils supporter ça?", c'est complètement un questionnement philosophique sur la violence sociale du conformisme qui transparaît.
Ce film est violent. Pas seulement par les quelques morts, mais par son message sombre: s'adapter pour survivre, mais au prix d'un renoncement à tout ce qui vous constitue en tant que personne. Et renoncer à une partie de soi-même, c'est déjà être plus ou moins mort intérieurement. Les tanukis se font passer pour des humains, mais les humains eux mêmes se font passer pour ceux qu'ils ne sont pas. C'est le prix à payer pour faire partie de la société. A moins d'avoir le courage de rester à jamais un marginal. Ce qui est aussi un prix à payer. Ce qui semblait au départ être une simple fantaisie à base de beuveries et de roustons à l'air se révèle d'une profondeur et d'une subtilité inattendue?

Cette violence est d'ailleurs omniprésente et beaucoup plus chez Takahata que chez Miyazaki. Dans le récent "Kaguya hime", la jeune Kaguya est contrainte de mener une vie qui ne lui convient pas, enfermée dans un palais par ses parents qui "font ça pour son bien", alors qu'elle ne rêve que de courir au milieu des bambous de son enfance.
Et paradoxalement, j'ai trouvé que le Tombeau des lucioles était triste, mais beaucoup moins violent mentalement ( malgré son sujet sur la guerre, la pauvreté, la famine..).

Pompoko ( parfois écrit Ponpoko) est un délice visuel, plein de gags et d'humour.. mais terriblement amer et noir, que ne laisse pas présager le côté potache et un peu je-m'en-foutiste de ses protagonistes.
Graphiquement j'aime bien le fait qu'il alterne entre  3 styles différents: réaliste, lorsque c'est la vision que les humains ont des tanuki qui prime,  dessin animé classique la plupart du temps, et complètement stylisé lorsqu'il s'agit de montrer la déroute
Ce que les humains voient
tous aux abris, c'est la défaite
Et les clin doeil sont sympa comme tout, pendant le morceau d'anthologie qu'est la parade des monstres ( les tanuki, décidés à effrayer les humains se font passer pour d'autres yokai, référence à la fameuse parade nocturne des cent démons dont je vous parle depuis plusieurs billets ( sans succès toutefois, un parc d'attraction vient d'être construit pas loin et les gens prennent cette parade monstrueuse pour une animation publicitaire annonçant l'ouverture du parc)

ho, mais qui voilà? le Kara kasa!

Kiki a été invitée
Totoro  et Sheeta du  château dans le ciel aussi
 A voir.. sans modération.