vendredi 21 février 2014

Rashômon et autres contes - Akutagawa R.

Retour à la littérature, après plusieurs mangas.


Figures infernales: Ça attaque très fort avec l'histoire d'un peintre, très doué  mais excentrique et effrayant, qui sombre dans la folie lors qu'on lui commande un "paravent de figures infernales", et ne recule ni devant la torture ni devant le meurtre afin de disposer de modèles réalistes. Glauque mais intéressant.

Le nez: Un titre qui évoque évidemment la nouvelle de Gogol ( Akutagawa était un fin connaisseur de la littérature occidentale, soit dit en passant). Contrairement au héros de Gogol, que la disparition mystérieuse de son nez rendait fou, ici, c'est un moine, doté d'un appendice nasal en trompe d'éléphant, qui cherche toutes les solutions y compris les plus improbables et absurdes pour s'en débarrasser. Oui... mais le fait de changer d'apparence va-t-il régler son complexe?


Rashômon: Très courte nouvelle, mettant en scène un pauvre homme réduit à la misère qui hésite à abandonner toute dignité en devenant voleur, et une vieille femme, qui a déjà franchi la barrière de la malhonnêteté, en récupérant les cheveux de cadavres pour en faire des perruques. La morale à-t-elle encore un sens quand il s'agit de survivre? Soit dit au passage, malgré son titre, ce n'est pas ce texte là qui a inspiré le film Rashomôn de Kurosawa, mais la suivante.

Dans le fourré: Donc, voilà la nouvelle dont est tiré le film. Un cadavre est trouvé, dissimulé dans les fourrés aux environs de Kyoto. La nouvelle se présente comme un procès-verbal d'interrogatoires, pour trouver qui a fait ça. Tous les témoins ou suspects ayant leur propre version des faits, c'est finalement un chamane qui donnera la version finale, celle du fantôme du mort. J'ai beaucoup aimé cette histoire policière un peu loufoque.

Gruau d'ignames: la nouvelle la moins intéressante du recueil, où plutôt, je n'en comprends pas trop l'utilité. Un fonctionnaire de dernière catégorie, qui est la risée de tous ses camarades, va voir son rêve - manger à satiété du gruau d'ignames, un mets particulièrement recherché - se réaliser sans qu'il ne sache bien trop pourquoi. le lecteur non plus en fait. Ou alors je manque de clefs pour la comprendre, c'est possible aussi.

le dieu Susanoo
Les vieux jours du vénérable Susanoo raconte la retraite du dieu caractériel Susanoo, sur une île déserte, avec sa fille Suseri. Tranquillité vite troublée par un naufragé, qui bien évidemment s'éprend de  Suseri. On suit dont les diverses tentatives de Susanoo, le père possessif, pour se débarrasser du gêneur de manière expéditive.

Le fil d'araignée: Courte nouvelle, mignonne et assez triste, mettant en scène le bouddha çakyamuni, qui tente de sauver l'âme d'un condamné aux enfers, avec le fil d'une araignée.

Le martyr se passe à l'époque de la fermeture du japon, près de Nagasaki, lorsque les missionnaires chrétiens présents dans cette régions vont être chassés. Les prémisses de cette expulsion se manifestent par une suspicion envers les chrétiens, en général, à partir du moment ou une fille de la fille prétend être enceinte d'un jeune moine. La fin est assez surprenante.

Le rapport d'Ogata Ryôsai , comme la précédente, prend place au sein de la communauté chrétienne, considéré comme secte peu recommandable, avec ses rituels incompréhensibles pour la majorité des japonais. Car, c'est bien connu, on craint ce qu'on ne comprend pas. Un médecin de confession bouddhiste peut donc refuser de soigner une patiente chrétienne tant que sa famille ne renonce pas à sa foi. Pas inoubliable, non plus, mais je suppose que ce cas de figure a du exister.

Ogin est une fillette orpheline recueillie par un couple de japonais convertis au catholicisme, qui se retrouve arrêtée et condamnée au bûcher avec sa famille adoptive, pour hérésie. Une page assez sordide de l'histoire du Japon, qui met en avant la situation des chrétiens au XVII° siècle, brûlés s'ils ne renient pas, méprisés s'ils renient la foi catholique.

L'illumination créatrice: on revient à quelque chose de plus positif. Au XIX° siècle, l'écrivain Bakin en panne d'inspiration se morfond entre les critiques élogieuses qu'il trouve exagérées, les critiques négatives qui le démoralisent, les commandes pressantes de son éditeur, la censure omniprésente. Mais la nouvelle est très humaine, Bakin est un grand-père idéal, c'est très frais, j'aime beaucoup.

Chasteté d'Otomi: Retour à l'époque Meiji. dans le quartier d'Ueno, évacué pour une raison policière, pour sauver la vie d'un chat, la servante Otomi est à deux doigts de céder aux avances du vagabond Shinkô. Il ne se passera rien entre eux mais ce "presque" va les marquer tous deux à vie. Intriguant et sensuel.

Villa Genkaku: une nouvelle très sombre. Le vieux et riche Genkaku est mourant, sa famille se délite sous le regard d'une infirmière cynique qui se plait à jeter de l'huile sur le feu.

Le mouchoir: un professeur féru de littérature et de culture occidentale reçoit la visite de la mère d'un de ses anciens élèves, et constate toute la différence entre les manifestations émotionnelles européennes et japonaise. Pas inoubliable, mais instructif.
Une des bestioles les plus originales du folklore japonais


Les kappa: Un régal! Une parodie du Voyage de Gulliver à Lilliput, avec un soupçon d'Alice au pays des merveilles. Le narrateur suit un kappa ( une créature du folklore japonais, sorte de génie des eaux facétieux à l'apparence de batraciens dotés d'un bec et d'un crâne plat)
Il a une bonne bouille celui là
La visite du héros dans la société des kappa se mue en une satyre virulente et particulièrement bien sentie de la sienne. Car la société kappa est soit un miroir inversé de la société humaine - un monde par exemple où les dames kappa font du harcèlement sexuel particulièrement insistant conduisant parfois leurs mâles épuisés aux soins intensifs - soit un miroir grossissant des défauts de la société humaine - dans le monde des kappa il est de notoriété publique que les ouvriers sont exploités, tout le monde le sait, et personne n'y trouve à redire.. y compris lorsque les patrons mangent leurs ouvriers en grève.

Et, en conclusion, c'est une jolie découverte! J'ai beaucoup aimé ce recueil, a mi-chemin entre littérature européenne et fantastique japonais. Peut être un des auteurs japonais les plus facilement abordables que j'aie lu avec Yoshikawa. La préface vantait son aisance à passer d'un style à l'autre, je craignais que la traduction aie du mal à rendre cette versatilité, mais non, le traducteur arrive à bien la faire ressortir et c'est assez rare pour être signaler.
(également un article réédité)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire