dimanche 24 août 2014

Certaines n'avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka

Gros succès paru chez 10/18, gagnant du prix Fémina en 2012, je ne l'avais pourtant pas encore lu, malgré les critiques élogieuses trouvées par ci par la sur la blogosphère.
Le Japon vu par.; une américaine, descendante de migrants

L'histoire, ou plutôt, les histoire que nous raconte Julie Otsuka, c'est celle(s) de femmes japonaises qui ont tout quitté quasiment du jour au lendemain, pour aller épouser un japonais parti vivre aux états-unis. Campagnardes poursuivants l'espoir d'une vie meilleure dans la plupart des cas, issues souvent de familles pauvres , veuves ou orphelines.. mais pas toujours, elles ont accepté d'épouser par correspondance un fiancé qu'elle n'ont vu qu'en phot. On sent déjà venir pour elles la désillusion.. Soit l'homme en photo n'est pas celui qui les accueille - il a préféré faire poser un ami de meilleure apparence - soit c'est bien lui, mais la photo date d'il y a 20 ans.
Et il n'est pas entrepreneur ou riche marchand comme il l'avait fait croire, mais plus souvent ouvrier agricole à la journée. Celles qui avaient quitté le pays pour ne plus se casser le dos à cultiver des légumes se retrouvent exactement à se casser le dos à ramasser des légumes. à l'autre bout du monde, loin de leur famille et de leur pays, dans des conditions parfois proche de l'esclavage
Il y avait la une matière intéressante: le déracinement, volontaire ou pas; le racisme latent envers une main d'oeuvre à bon marché que les états-uniens tolèrent mais n'acceptent pas vraiment; le racisme aussi dans l'autre sens: la suspicion instantanée envers les blanc existe aussi dans le camp des migrants et Julie Otsuka ne l'occulte pas; l'intégration plus ou moins réussie de la deuxième génération née sur place, et le conflit entre enfants et parents qui en découle; le racisme, finalement qui éclate au grand jour avec la seconde guerre mondiale, toute personne d'origine japonaise est alors suspecte d'être un agent ennemi, fut-elle un grand-père ou une grand-mère de 80 ans passés..
Tout celà est très intéressant, et pourtant, j'ai eu beaucoup de mal avec ce récit. Je n'adhère pas au parti pris de l'auteur. Vouloir raconter plusieurs histoires pour n'en faire qu'une n'est pas une mauvaise idée, mais dans le genre, elle va jusqu'au bout. Ca peut passer avec certains lecteurs, mais pas vraiment avec moi. Il n'y a pas de personnage principal, ni même un groupe de personnage principaux, dont on suivrait l'histoire, non.. juste une série de noms "machine à fait ça", "untelle a fait comme ça".. et qu'on ne reverra plus. La somme de leur expérience est censée devenir une expérience collective. Mais narrativement,  je n'accroche pas, j'aime mieux qu'on me raconte à la limite l'histoire de la vie d'un quartier. Sans personnage du tout, j'ai du mal a entrer en empathie avec ce qui est décrit, je reste en dehors.. et je m'ennuie un peu. D'autant qu'à focaliser sur les femmes.; mais vraiment uniquement sur les femmes, les hommes qu'elles ont rejoint sont finalement cruellement absents , rejetés totalement en marge du récit, on n'a jamais accès à une donnée qui me parait pourtant intéressante: pour quelle raison restent-ils aux USA à trimer dans une situation misérable qui ne les satisfait visiblement pas ,eux non plus? Il y a forcément une raison, fut-elle de ne pas perdre la face à cause de l'échec qui fait que rentrer serait plus humiliant encore? Je n'en sait rien, car elle n'est jamais ne serait-ce qu'évoquée de loin. Mais voilà, les hommes n'ont pas voix au chapitre ce qui est au final aussi artificiel qu'un livre qui ne donnerait pas la parole aux femmes. J'aime bien de mon côté avoir toutes les données, et là, j'ai l'impression qu'il en manque 50%.

Je ne l'ai pas lu avec déplaisir, mais pas avec plaisir non plus. Donc demi réussite ou demi échec. J'ai aimé le sujet, mais pas tellement la forme employée, trop impersonnelle et artificielle à mon goût. Un bon livre mais pas un livre mémorable.

dernier détail: le titre originel est " The Buddha in the attic" - le bouddha dans le grenier. Je m'interroge sur ce changement de titre pas si anodin. Le titre français est l'une des phrases des premières pages, et fait plus référence au grand voyage au départ au déracinement. Le titre original est aussi tiré d'une phrase, beaucoup plus loin dans le récit, au moment ou il est question de gommer ses origines de cacher ses spécificités, sa religion, de se fondre dans la masse pour se faire accepter.. donc à l'idée de racisme. Je trouve que c'est dommage, un titre est quand même lié à une intention de l'auteur, et pour le coup, ça n'est plus du tout la même chose qui est mise en avant, c'est dommage.

2 commentaires:

  1. Bon, j'hésitais à le lire...Ce sera niet pour moi! Merci, tu m'as fait gagner du temps!!

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    1. en même temps il n'est pas très long je l'ai plié en un après-midi au boulot ( donc 4h00 avec interruptions) mais si tu as d'autres lectures prévues, ce n'est en effet pas le plus urgent. Après tout le monde ou presque semble avoir adoré, donc, je suis plutôt l'exception.

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