mardi 27 octobre 2015

Légendes urbaines japonaises

Parce qu'avec sa longue tradition de yokais et d'esprits malfaisants de toutes sortes, ses lieux abandonnés sans raison apparente, le Japon ne pouvait passer à côté de la légende urbaine, parfois bien flippante, parfois tellement n'importe quoi qu'elle est à pleurer de rire...parfois juste à déprimer vraiment.

En voilà quelques unes

Des personnages malfaisants:

 - La Kuchisake-onna : celle là est mentionnée depuis longtemps et serait la résurgence d'un yokai plus ancien (comme la femme renard) voire la transposition d'une vraie histoire ( une femme défigurée à une ancienne époque.. que faut il de plus pour en faire un fantôme bien décidé à se venger?). Elle apparait d'ailleurs dans mon livre sur les yokai, entre la femme serpent et les kitsune. Toujours est-il que malgré de nombreuse variantes, la kuchisake onna , littéralement " femme à la bouche fendue" aborderait les piétons esseulés le soir, dans une ruelle sombre ou brumeuse, portant un masque chirurgical sur le visage pour leur demander: " est-ce que tu me trouve belle". Si la victime répond " non", elle est aussitôt massacrée à coup de couteau - ou de ciseau -  si elle répond "oui" la femme enlève son masque, exhibant une buche immense, parfois dotée de dents acérées et ajoute " même comme ça?"..
Si la victime répond "non", elle est massacrée , si elle répond "oui", elle est défigurée pareillement. Certains disent que pour la perturber et avoir le temps de s'enfuir il faut soit lui réponde " tu es dans la moyenne" soit lui lancer des bonbons auxquels elle ne résiste pas et qu'elle préfèrera abandonner la poursuite pour s'en gaver. Le personnage est depuis devenu la vedette d'un film d'horreur, ce qui a contribué à la faire connaître plus que les autres...

- demi-portenawak: La teke-teke est encore un monstre qui doit bien dériver d'une légende plus ancienne, mais qui est revenue à la vie sous cette forme: on parle d'une femme tombée sur une voie de chemin de fer, et coupée en deux par un train. Devenue fantôme ou plutôt demi-fantôme, parce que même morte, elle n'a pas de jambes, elle se déplace sur ses coudes ( faisant un bruit qui sonne comme teketeketeketeke) et poursuit les passants pour les couper à leur tour en deux avec une faucille ou autre arme tranchante. Qu'elle planque.. ben , on ne sait pas trop où. Et c'est comme pour les vampires ou les loup-garous, une fois coupée en deux la victime devient à son tour teketeke.
Variante: Kashima Reiko. La même histoire ou presque, sauf que le fantôme de Reiko assassinée et découpée dans une salle de bain, hante à son tour les salles de bains et vous demande " où sont mes jambes"... autant dire qu'il est impossible de répondre à la question alors.. elle coupe les vôtres. Ou, selon encore une autre variante - le propre des légendes urbaines - elle aurait été assassinée sur la route par des bandits et laissée à mourir sur une voie ferrée , donc également coupée en deux. Mais le résultat reste le même, hein.. n'ayant plus de jambes, elle voudra s'en procurer de grè ou de force.

- total portenawak: Aka Manto,  le fantôme à la cape rouge: pourquoi portenawak?, parce qu'il est supposé hanter les toilettes publiques. Et débaroule quand vous êtes sur le trône, et en rade de papier toilette pour vous demander " papier rouge ou papier bleu?". Si vous choisissez rouge.. vous êtes saignés à mort. Si vous choisissez bleu, étranglés, à mort aussi. Je me demande ce qu'il se passe si on lui répond " vert " ou " casse-toi de là, pervers!", ou ce qu'il va devenir dans les toilettes modernes qui ne contiennent pas de papiers et ou un jet d'eau tiède  vient délicatement ( ou violemment s'il est mal réglé) vous laver le postérieur. Nota: ce qui explique que souvent au japon, le papier toilette soit du genre épais comme du papier à cigarette, il sert à se sécher, non à s'essuyer, c'était la minute CULturelle
lapidé à coups de rouleaux de PQ...
- dans la famille "pipi room", je demande la petite soeur: Hanako-san des toilettes. Franchement je ne sais pas ce que les japonais ont avec les toilettes, mais certaines, plus particulièrement les toilettes scolaires sont réputées hantées par le fantôme d'Hanako , une petite fille au look souvent désuet qui se serait suicidée - ou aurait été assassinée là.
Selon les cas elle ne fait rien du tout, ou essaye de vous noyer dans la cuvette, peut-être qu'elle s'ennuie trop dans sa mort de fantôme et cherche à se faire des amis spectres...Un petit côté "Mimi Geignarde" donc.. en moins sympa.

Apparemment, non seulement La kuchisake Onna, mais aussi Hanako et la teketeke ont eu droit à leur film d'horreur. Bon, je pense qu'il s'agit de films de série Z sinon on en aurait entendu parler comme c'est le cas pour The Ring, Dark Water, the Grudge, Audition...

- l'esprit "entre les espaces": preuve qu'on est jamais tranquille, le Japon a aussi un fantôme, pour à peu près tout ce qui peut exister: donc un fantôme, ou un esprit malveillant, peu importe, pour les "espaces". On peut croiser son regard furtivement dans une porte entrouverte, un tiroir resté à demi ouvert, un interstice entre deux planches.. qui risque de vous emporter dans une autre dimension. Depuis le temps que les scientifique cherchent à savoir s'il y a des multivers et comment passer de l'un à l'autre, ben voilà, suffisait de demander au fantôme d'entre les espaces! ( bon sang.. une autre dimension, mais c'est Saga des Gémeaux ce fantôme, en fait... si vous n'êtes pas geek, ignorez cette dernière référence)

- Satoru kun: dans la famille esprit malfaisant, je demande le petit frère. Vous pensez qu'ils sont tous de la même famille?  En fait Satoru Kun est plutôt un esprit qui apparait sous la forme d'un petit garçon, et c'est un monstre moderne qui répond  au téléphone. Il connaît tout: passé , présent, et avenir, et en cas de problème, il suffit de lui téléphoner pour avoir la solution.. mais c'est risqué évidemment, on n'est pas dans un jeu TV. Pour lui parler il faut composer son propre numéro de téléphone depuis un téléphone public et demander " Satoru-kun, s'il te plait, vient ici, s'il te plait montre toi, Satoru-kun, dis moi où tu es" ou quelque chose comme ça.
Et l'esprit vous rappelle sous 24h00, et vous rappelle encore, pour vous dire où il est, toujours plus proche jusqu'au moment où il dira " je suis juste derrière toi". Là, il faut vite lui poser la question qui vous tourmente, sans se retourner, ni le toucher. Sinon, malédiction. Ah, et évidemment, il ne faut pas l'appeler si on a rien à lui demander, il n'aime pas être dérangé pour rien. Dans ce cas c'est malédiction aussi. Puis je suppose qu'il doit en avoir marrer aussi qu'on lui pose  toujours les mêmes  questions à la con "est-ce qu'il m'aime, est-ce qu'elle m'aime, les prochains numéros à la loterie, le tiercé dans l'ordre".. ça vaudrait pas non plus une petite malédiction, les questions idiotes? ( de mon point de vue, si!)
Moi qui déteste prodigieusement les téléphones à la base...

Histoires à faire frémir:

- l'enfer de Tomino: Un texte écrit par le poète  Yomota Inuhiko, un auteur toujours vivant. Apparemment il n'est pas traduit et c'est dommage: Si on le lit à haute voix, il est censé porté malheur au lecteur.Je l'aurais bien donné à lire à certaines personnes. allez, lis moi ça à haute voix et articule bien, tu as une jolie voix, j'aimerais t'entendre me le dire Voilà c'est ça!

- La tête de vache: un professeur aurait -notez le temps - raconté à ses élèves une histoire " la tête de vache" tellement effrayante que tout le monde se serait évanoui, certains auraient convulsé et même en seraient .. morts de peur. Aucun des survivants n'ayant pu dire ce que racontait le texte bien évidemment, c'est bien pratique. Je ne peux décemment pas prendre cette histoire au sérieux, parce que ça me rappelle trop la "blague la plus drôle du monde" des Monty Pythons

Des lieux mal famés:

- Inunaki, un village qui, comme par hasard, ne se trouve pas sur les cartes, où les appareils électriques ne fonctionnent pas, et dont l'entrée porte un panneau " ici, les lois constitutionnelles ne s'appliquent pas". Vous pensez à un truc plutôt sympa, comme ans le film Brigadoon où le village n'est visible qu'un jour par siècle?
Euh, là non, c'est plutôt l'endroit dont on ne revient pas, parce que les habitants sont supposés être cannibales. Je me demande si c'est là que vous emmène le fantôme des interstices en fait....Enfin, personne n'en est jamais revenu pour raconter donc.. hep minute;: dans ce cas là, comment peut-on savoir ce qu'il y a écrit à l'entrée? (ça me pose le même problème que " voi qu'entrate, lasciate ogni sperenza" à l'entrée de l'enfer de Dante: si tu es devant la porte, c'est que tu es mort, donc.. tu ne peux pas revenir pour témoigner)

- Kiyotaki: un tunnel de 444 m de long ( déjà, le 4 , "shi" au Japon porte malheur, par homonymie avec le mot " mort") , construit en 1927, dans des conditions assez abominables: beaucoup d'ouvriers y sont morts, et évidemment on pense que leurs fantômes hantent le tunnel, provoquant des accident qui fournissent donc.. de nouveaux fantômes. D'autres prétendent que la longueur en varie entre le jour et là nuit et que si on y passe à minuit ( heure "interstice" donc, entre 2 journées.. on y reste coincé pour l'éternité sans jamais... voir le bout du tunnel si j'ose dire)
Il y a une palanquée de tunnels Kiyotaki au japon, je pense que c'est celui là. A mon avis, le plus gros risque vu la largeur du tunnel, c'est l'accident bête et banal si une voiture arrive en face.
A part:

-Aokigahara: un lieu qui cette fois existe. Malheureusement. C'est une vraie forêt au pied du mont Fuji, tristement célèbre sous le surnom de "forêt des suicides".

Il faut savoir qu'avec la pression sociale, le Japon a un taux de suicides particulièrement élevé, et ce d'autant plus que le suicide n'est pas  tabou, contrairement aux sociétés de culture occidentale, puisque le seppuku était un suicide rituel considéré comme une forme de mort noble. Mais du coup, il n'est pas rare pour les promeneurs de tomber sur un pendu ou un squelette au détour du chemin.
Je me demande même s'il existe encore des gens qui y vont juste pour se promener et non pour s'y tuer ou essayer de voir les fantômes qui, du fait de ce fort taux de suicides, sont censés abonder dans les lieux. Ou pour jouer les voyeurs en cherchant des cadavres. Brrrr.
Pour vous dire, il semble que 2006 soit l'année où il y a eu le plus de suicides: 376! Comptez bien, ça fait plus d'un par jour. Les autorités ont mis en place des panneaux avec numéro d'appel d'urgence pour les suicidaires qui seraient venus là avec l'idée d'en finir -mais ceux qui vont si loin dans cette idée, c'est plutôt qu'ils sont déterminés - et des patrouilles policières, si possible pour tenter de raisonner les malheureux à temps ou simplement, récupérer les corps.
déjà à la base, ça fait forêt pittoresque et millénaire. 
Je vous épargne quand même les photos de pendus. Je n'ai pas envie de faire ce cet article un truc vraiment glauque. Je n'ai pas particulièrement de tabous, mais pas envie de plaisanter non plus avec la dépression. Autant les histoires de fantômes me font plus rire qu'autre chose, autant  je trouve extrêmement grave de ne pas agir sur le mal-être des gens avant qu'ils en arrivent là.
 Je voulais en dire deux mots, parce que c'est socialement intéressant, mais sans verser non plus dans le pathétique ou surtout  l'irrespect que j'ai ressenti à la vue de certaines photos en cherchant des illustrations. Personnellement, si je tombe sur un pendu dans une forêt, je ne vais pas le photographier, je vais de suite appeler les secours si il ou elle est encore en vie, ou la police, parce que dans ma tête, le blessé, le mort ou le squelette ont d'abord été quelqu'un, un individu avec une identité, et que ses proches recherchent peut être depuis des années. Pas un phénomène paranormal plus ou moins crédible ou un décor de train fantôme mis là pour faire peur , "pour de faux". Personnellement, je n'irais pas m'y promener, sachant la réalité de la chose, je n'ai aucune envie de jouer les voyeuses sur le désespoir des gens.


2 commentaires:

  1. je viens de tomber sur cette page presque par hazard.
    Alors 2-3 petit point.

    -Le village Inunaki est bien sur les cartes du japon, ce village est maintenant deserté, vue qu'à la place il y a un barrage. l'entré du village existe encore, et les pancarte annonçant que ici, les lois constitutionnelles du japon ne s'appliquent pas, sont toujours visible. par contre le tunnel qui suis pour aller au village est bouché.

    - Ensuite le poème l'enfer de Tomino a été traduit, vous trouverez la traduction à cette adresse:

    http://www.mindshadow.fr/legendes-urbaines-japon/

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    1. ha merci de ces précisions, j'irai lire ça dès que possible... et le faire lire à ma chef:D

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