samedi 19 mars 2016

Rétrospective Kurosawa (1) - Les salauds dorment en paix ( film - 1960)

Vous l'avez peut-être vue annonée, selon l'endroit où vous habitez, mais entre mars et avril, plusieurs cinémas proposent une rétrospective de 9 films en versions restaurées - dont 2 inédits en France sur grand écran -  de ce célébrissime réalisateur qu'est Akira Kurosawa.  Peut être le plus célèbre réalisateur japonais, avec Mizoguchi, hors animation.C'est le cas dans ma ville, et je vais tenter d'aller voir les les 9.

Et ça tombe infiniment bien, puisque sur les 9 films proposés il n'y a que Yojimbo que j'avais déjà vu il y a .. très longtemps. Le château de l'araignée était cependant sur ma liste " à voir".
En fait, de l'imposante filmographie du monsieur, qui s'étend de 1941 à 1993, je n'avais vus jusqu'à présent que Rashômon (1950), Yojimbo (1961) Dersou Ouzala (1975) et Ran (1985).. Donc 4 films, mais chacun d'une décennie différente.
Je connais aussi l'importante influence qu'il a eue sur des réalisateurs tels que Martin Scorcese, John Sturges, Francis Ford Coppola ou Même George Lucas qui s'en réclament tous.

Mais de sa filmographie directe, force est de constater que j'ai d' énormes lacunes.

Donc, première sélection proposée ce mois ci: Les Salaud dorment en paix; Qui marche sur la queue du tigre? Les bas-fonds; et Le château de l 'araignée.

C'est donc Les salauds que j'ai pu aller voir en premier hier.

Il s'agit d'un film policier, ou plutôt, noir, dans le style cher à Hollywood dans les mêmes décennies. et qui n'a rien à leur envier.
 Un film noir, mais aussi un drame, et une satire sociale assez féroce, et parfois drôle, qui brocarde à la fois la corruption dans le milieu des affaires - tous des requins! - et  la bêtise des fonctionnaires zélés qui n'hésitent pas à se sacrifier pour l'honneur d'une société corrompue qui les manipule. Car les victimes sont consentantes.

Tout commence par une cérémonie de mariage entre le si gentil, si discret monsieur Nishi, et Yuriko Iwabuchi, fille d'un PDG richissime. La presse se précipite pour couvrir la cérémonie, d'autant que des rumeurs circulent: la société aurait quelques sales secrets à cacher, du genre marchés truqués, fraude fiscale, etc.. et la police va profiter de l'occasion pour procéder à l'arrestation de quelques cadres soupçonnés de malhonnêtetés.
les journalistes qui couvrent l'événement sont très drôles et commente l'action façon " choeur antique"

Mais d'autres choses sonnent faux dans ce mariage: La mariée, quelles que soient ses qualités personnelles, est boiteuse, et les mauvaises langues ne se privent pas d'insinuer qu'elle n'a pu trouver un mari que grâce à la fortune colossale de son père.
joie et bonne humeur...

Le frère de la mariée écluse bouteille sur bouteille, et prononce un discours aviné de mauvaise augure: " je t'aime bien, tu es mon meilleur ami, mais si tu fais du tort à ma soeur, je te tuerai"

Et pour finir, une pièce montée étrange est servie: elle représente le siège social de la société, dont l'une des fenêtres est ornée d'une simple fleur. Un message que seul les cadres concernés peuvent comprendre le sens: il s'agit précisément de la fenêtre depuis laquelle, cinq ans plus tôt, un employé s'est suicidé dans de mystérieuses circonstances, en fait, poussé au suicide par des supérieurs qui l'ont sacrifié pour camoufler leurs malversations.

L'affaire a été étouffée, personne n'est censé être au courant, et pourtant, il semble qu'il y ait une taupe parmi eux, quelqu'un de bien décidé à refaire sortir l'affaire au grand jour, en poussant les cadres mêlés à cette histoire à bout de nerfs, à se soupçonner les uns les autres, à se trahir.

Ce n'est pas en général mon type de films favoris, mais j'avoue que j'ai beaucoup aimé, avec cette séquence inaugurale magistrale qui arrive à faire comprendre tout ce que ce mariage à de faux, avant même que ne soient prononcés les premiers dialogues. Brillant.

Et des salauds, il y en a.. à la pelle, dans ce jeu de massacre. Tous, sauf les femmes ( il n'y en a que deux qui aient vraiment un rôle à jouer), victimes des manipulations et des mensonges d'hommes prêt à tout pour servir leurs ambitions. Même le héros, joué par l'acteur fétiche de Kurosawa, l'excellent Toshirô Mifune, a pas mal de choses à cacher et est aussi un "salaud" dans une certaine mesure, bien que largement en dessous du niveau des requins de la finance qu'il combat... pour une cause au final dérisoire. Un pauvre type, qui se retrouve par la force des choses à devoir être un salaud, en fait, qu'il n'est pas foncièrement. Mais pour se battre contre des corrompus, il faut aussi soi même se salir les mains et causer du tort à d'autres.

Le scénario s'inspire vaguement d'Hamlet , d'après ce que j'ai lu en parcourant la toile (Kurosawa  a adapté Shakespeare en plusieurs occasions), mais de manière assez bien faite pour que la référence au dramaturge anglais n'étouffe pas le propos, et se fasse par touches discrètes. Ce n'est qu'au retour du cinéma que je me suis dit " ha oui en effet, là, et là, on retrouve la trame..."

Mais surtout, quel talent , mais quel talent dans l'utilisation de la bande son et des éclairages, quel talent dans le montage.

Et quel talent dans le cadrage ( toutes choses qui, ceux qui me suivent régulièrement le savent) font mes délices.
Pas besoin d'un long discours quand un bon cadrage suffit: ces deux personnages ne seront jamais du même monde, peu importe ce qu'ils peuvent dire, leurs points de vue sont opposés, la réconciliation est impossible.

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