mercredi 20 avril 2016

Rétrospective Kurosawa (4) - Je ne regrette rien de ma jeunesse ( film 1946)

L'autre inédit de cette rétrospective (enfin, inédit au cinéma, celui-ci et la queue du tigre avaient été distribués directement en DVD)


 Et j'ai une fois de plus été surprise par l'aptitude du réalisateur à passer d'un genre à l'autre.
Nous avons donc pour l'instant un film noir inspiré d'Hamlet, un sujet historique tiré du théâtre japonais, un film de samouraï qui adapte Macbeth.
Retour au XX° siècle. Très exactement dans les années 30.
A Kyôto, un professeur de droit à l' université soupçonné de sympathies un peu trop à gauche pour le régime militariste ( on est en pleine guerre de Mandchourie, et le moins que l'on puisse dire, c'est que les relations entre la Chine et le Japon sont très tendues) est contraint à la démission. Très proche de ses élèves, avec lesquels il passe parfois des journées de détente en pleine campagne, il est soutenus par ceux-ci, dont Nôge Ryukichi.

La grève des étudiants est réprimée, Nôge envoyé en prison, mais Yukie, la fille du professeur, plutôt du genre insouciante et enfant gâtée, courtisée par les élèves de son père, n'a jamais oublié Nôge, le seul qui ne la brossait pas dans le sens du poil ni ne faisait ses quatre volontés.
a son exemple, elle décide de ruer dans les brancards d'une vie trop rangée, trop prévisible et lisse ( ses parents espèreraient la voir épouser le brillant Itokawa, futur procureur, que Yukie aime bien, mais trouve un peu ennuyeux), et décide sur un coup de tête , le genre dont elle est coutumière, de partir pour Tokyo avec en poche un diplôme d'anglais et de secrétariat, chercher un travail, et vivre SA vie, en faisant ses choix.

Son père approuve mais la prévient quand même que lorsqu'on fait des choix extrêmes, il faut être prêt à en assumer les conséquences. Or Yukie est exactement de ce genre puisque son leitmotiv , emprunté à Noge est " ne jamais rien regretter".
A Tôkyô, elle finit par retrouver Noge , apparemment rangé, mais qui cache des activités secrètes antimilitaristes, et l'épouse. Lorsque son mari est arrêté et meurt en prison, sur un nouveau coup de tête, la voilà partie pour rencontrer ses beaux-parents, dont elle découvre la rude vie de paysan.. quelle ne tarde pas à adopter.

Un film étonnant donc, où cette fois, l'action est centrée sur une femme, son énergie incroyable, et qui à mi chemin évolue vers le film social à tendance néoréaliste, lorsqu'il se concentre sur le quotidien des paysans, les deux pieds dans la boue à repiquer du riz du matin au soir. L'élégante qui jouait du piano au début de film se mue en paysanne aux mains abîmées par le travail des champs, mais qu'importe, ce n'est pas un mode de vie qu'on lui a imposé, et malgré sa difficulté, c'est un pas vers sa liberté...

J'ai beaucoup, mais alors beaucoup aimé ce nouveau pan plus politique de la filmographie de Kurosawa, d'autant que je ne m'y attendait absolument pas au vu des quelques images de partie de campagne bucolique qui l'ouvrent. La guerre y passe au second plan ( seulement évoquée par les activités cachées de Nôge et les accusations de haute-trahison dont fait l'objet celui que sa jeunesse un peu trop rouge et ses prises de position pacifistes avait déjà rendu un peu trop indésirable aux yeux du gouvernement militaire) pour se concentrer dans le dernier tiers sur la vie du petit peuple, et surtout pour une fois, le personnage central est une femme, forte et déterminée à suivre son chemin, peu importe s'il est plein d'ornières. Je ne peux qu'approuver cete évolution d'un personnage un peu tête à claques d'ingénue classique au départ qui se mue peu à peu en militante féministe ( les personnages qui travaillent le plus dur sont d'ailleurs les femmes)

L'actrice Hara Setsuko est excellente, et je viens de voir qu'elle est morte l'an dernier à 95 ans, après avoir arrêté brutalement sa carrière dès 1962, par choix personnel.

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