vendredi 14 avril 2017

Dark Water (long métrage 2002)

Oui , on peut dire que je mets le temps.



Comme Ringu, vu à l'automne dernier, c'est juste maintenant que je trouve l'occasion de voir l'autre film emblématique du cinéma de trouille japonais.Egalement réalisé par Nakata Hideo, les deux films ont d'ailleurs beaucoup, beaucoup en commun. A commencer par une femme divorcée avec un enfant à charge. Mais si, dans le cas de Ringu, l'ex-mari était plutôt bienveillant, ici, il n'en est rien.

Madame Matsubara vient de divorcer et son ex mari qui entend bien lui mettre des bâtons dans les roue, fait tout pour obtenir la garde d'Ikuko, leur fille de 6 ans. Sachant qu'il ne s'est jamais intéressé à elle, au point d'oublier son anniversaire, on comprend bien qu'ils'agit juste d'une vacherie faite à son ex-femme. Mais Madame Matsubara tient bon, malgré les difficulté, et emménage avec Ikuko dans un nouvel appartement.. qui se révèle vite être un endroit très insalubre.D'abord une tâche apparue au plafond qui s'agrandit de jour en jour, au point d'envahir le plafond, d'où l'eau coule de plus en plus. Et le concierge, bien qu'avertit, ne fait strictement rien.
Et puis il y a, comme dans Ringu, une fille disparue, ici, une petite fille: Mitsuko, 5 ans, qui habitait l'appartement du dessus, jusqu'à sa disparition 2 ans plus tôt, justement celui d'où viennent les fuites. Et dont le spectre prend un malin plaisir à apparaître dans le champ, à peine visible parfois.

Là où en théorie, il devrait y avoir une seule petite fille..

L'eau est partout. Mais vraiment par tout: dehors, en pleine saison des pluies, et dedans. Dans l'appartement où elle dégouline de plus en plus, dans l'appartement du dessus, où elle coule à verse, sur le toit dans une citerne rouillée et menaçante qui déborde...

Je crois que c'est un peu humide..

Que représente-t-elle? Parce qu'on est bien d'accord qu'au delà du simple film d'angoisse, l'omniprésence de l'eau n'est pas là par hasard.On est dans un film asiatique, pas dans son remake américain (parce que oui, il y en a un, mais malgré la présence de l'excellent Tim Roth, je ne le sens pas...parce que justement en général, les studios américains ont tendance à évacuer tout le côté symbolique et/ ou social pour ne faire que du grand spectacle). Donc que représente l'eau? La société japonaise, rouillée et en train de sedéliter? La vie de Madame Matsubara, qui part littéralement à vau-l'eau? La névrose et la folie, peut-être? Car rien ne prouve que, sil la fuite est réelle, il ne s'agit pas simplement d'une fuite, et que les visions fantômatiques de madame Matsubara ne sont pas le résultat des pressions que lui fait subir son ex-mari.. et la société, on y revient.

Car oui, c'est autant l'histoire du fantôme qu'une petite fille, que (et j'avais déjà dit ça pour le film précédent) la dénonciation par petite touches du sort fait aux femmes qui travaillent, supposées de mauvaises mères car elles arrivent en retard pour chercher leurs enfants à l'école. Là, je ne sais pas si c'est un élément présent déjà dans les nouvelles - du même auteur - qui ont servi de base aux deux films, ou une touche personnelle de Nakata.
En tout cas, et d'un point de vue purement filmique, il fait son petit effet. Nakata sait distiller l'angoisse et le mystère par petites touches: une tâche au plafond qui s'agrandit peu a peu. Un sac rouge de petite fille qui ne cesse de réapparaître sur le toi, peu importe le nombre de fois où il est jeté à la poubelle, des cheveux qui sortent du robinet.. et cette eau, de plus en plus turbide, qui coule de robinet qui s'ouvrent seuls.


J'avoue, j'adore ce genre de cinéma qui convoque le bizarre là où il ne devrait pas être, qui tord la réalité: la définition même du fantastique. Et ça marche mieux sur moi que n'importe quel effet spécial super léché, qui sonnera faux, parce que trop travaillé justement.
Et je n'ai pas parlé de l'emploi de la couleur, ce jaune sale qui envahit tout, ces intérieurs gris (sale aussi) éclairés chichement de néons déprimants..

Ensuite, Dark Water est postérieur à Ringu, et je l'ai trouvé un peu plus réussi, parce qu'il faut bien l'avouer, Ringu pâtissait parfois d'un manque de moyen. Un an plus tard, les sous sont rentrés dans les caisses, et le budget est un peu plus confortable. Ca fait quand même une énorme différence, mais, et c'est là l'essentiel, sans sacrifier à la facilité. Enfin, la plupart du temps ( la séquence dans l'ascenseur avec le fantôme, j'ai eu pitié de la petite fille assez mal maquillée en monstre, d'autant que c'est quasiment le décalque de la séquence de Ringu dans le puits avec le squelette. Et pour le coup, je l'ai trouvée plus réussie dans sa première version qu'avec un maquillage un peu cheap)
Mais en dépit de ça, c'est du tout bon: la narration par petites touches angoissantes de bizarreries, l'utilisation de la profondeur de champ dans des espaces exigus, le jeu de regards entre ce qui est montré et ce qui est caché...

Juste un couloir, un long couloir d'école primaire, mais ça marche très bien avec la vue à hauteur d'enfant
... surtout quand le plan suivant est celui-ci!
Et donc malgré ses quelques défauts ( quand il essaye justement de montrer plutôt que de suggérer) , je le conseille chaudement à tout amateur de trouille nippone.

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