vendredi 6 avril 2018

Mary et la fleur de la sorcière (long métrage d'animation - 2017)

Qu'est-ce qui se passerait si on mélangeait disons.. les Studios Ghibli et Harry Potter?
L'idée est cool non?

Et pourtant, ce n'est ni Ghibli, ni Harry Potter, mais ça y ressemble beaucoup!


Tiré d'un roman que je ne connais absolument pas ( The little Broomstick), on y suit Mary, petite fille rousse à couettes.
Mary est assez maladroite, solitaire, et complexée par sa couleur de cheveux. Elle vient d'emménager chez sa tante Charlotte, une vieille dame sympathique et aisée ( elle a une grande maison, un jardinier et une cuisinière) et attend en s'ennuyant l'arrivée de ses parents et le début de l'année scolaire. Il n'y a pas grand monde dans ce patelin nommé Manoir rouge, et on ne peut pas dire que la première rencontre avec le seul autre enfant du coin , un garçon nommé Peter se soit bien passée: elle a commis une maladresse, s'est retrouvée avec un panier de feuilles mortes sur la tête et Peter s'est moqué d'elle et, sans le savoir, de son complexe en la traitant de " petit singe roux".

Dans son ennui, Mary va un jour suivre non un lapin blanc, mais Tib le chat noir (et Gib le chat gris, moins important dans l'histoire, ce sont les chats de Peter), qui la conduisent dans la forêt, où elle trouve une fleur brillante qui ressemble à un muguet violet et déplait beaucoup aux chats. Lorsqu'elle la montre au jardinier, celui ci lui explique qu'elle est très rare, ne pousse que tous les 7 ans, et s'appelle " vol-de-nuit".

Po... Ponyo? C'est toi?

Lorsque Mary retourne dans la forêt pour chercher les chats qui ont disparu, elle trouve cette fois un balai pris dans des racines d'arbres ( la raison de sa présence ici est expliquée dans le prologue: une sorcière qui ressemblait beaucoup à Mary l'a perdu ici alors qu'elle fuyait après avoir volé des graines magiques.. celles de la plante à fleurs violettes). Par suite d'une maladresse, Mary écrase une fleur sur le manche du balai qui  s'anime.. et l'emmène droit dans la cour de l'école Endor, une école de magie, où on la prend pour une sorcière - puisqu'elle vient d'arriver à cheval sur un balai.



Et une sorcière particulièrement puissante puisqu'elle maîtrise d'emblée des sorts compliqués et qu'elle est rousse.
Sauf que ce n'est a priori pas Mary qui a des pouvoirs, mais la fleur écrasée qui lui en donne temporairement. autant dire que les choses vont se passer moins bien lorsqu'on va découvrir qu'elle n'est pas une sorcière mais une moldue intruse sans pouvoir particulier qui n'a rien à faire là. Elle va se mettre dans le pétrin et par maladresse (une fois de plus) met également Peter qui n'avait rien demandé à personne, dans le même pétrin...

Voilà un film sur lequel j'ai bien du mal à me faire une opinion en fait... Il y a du bon, et .. du moyen ( mais pas franchement de mauvais par contre)

Réalisé par Yonebashi Hiromasa ( Arrietty, que j'ai vu l'an dernier, mais pas présenté ici), ce n'est pas son premier film donc, mais c'est son premier au sein d'un studio autre que Ghibli... et pourtant on dirait du Ghibli, juré craché.

En fait, il s'agit même du tout premier film du studio Ponoc, fondé par d'anciens du studio Ghibli, et l'influence est plus que visible: de grands espaces, de la verdure, des poursuites aériennes sur une musique qui ressemble beaucoup à celles de Joe Hisaishi...

Donc c'est à la fois bien en ce sens qu'un second studio émerge alors qu'avec la retraite-mais-peut-être-pas des deux principaux réalisateurs, Ghibli semblait avoir des difficultés, mais un peu dommage qu'il ne prennent pas ses distances avec son grand frère.
Et, comme je le disais, c'est un premier film, donc,il est tout à fait logique qu'il soit encore baigné dans cette influence, dont il lui faudra peut-être un peu de temps pour s'éloigner et trouver ses marques pour développer sa propre identité.
Mais, l'influence est là, jusqu'au nom du studio: " Ponoc "est un mot croate apparemment qui signifie "l'aube" ou l'aurore". Ghibli est un nom de vent italien, donc les deux font référence à l'Europe et très exactement au même coin de l'Europe du sud, d'une part et d'autre de l'Adriatique.

Et visuellement le film est bourré de références à ceux de Ghibli. Graphiquement, c'est du Ghibli, pas de mauvaise surprise de ce côté là, c'est magnifiquement beau.

Mentions spéciales à l'incendie du début, au rendu du brouillard et des grands espaces de verdure, et à la directrice de l'école qui apparait dans une fontaine, manipulant l'eau à son image.


A commencer par Mary, petite rousse aux faux-airs de Ponyo et  Nausicaa, à cheval sur un balai, accompagnée d'un chat noir, qui vit avec une tante et sa cuisinière ( souvenez vous de la vieille dame aux tourtes dans  Kiki). Il y a même un enfant qui fait des livraisons ( ce n'est pas Mary, mais Peter.. qui se promène à vélo, comme Tonbo, le nouvel ami de Kiki, tiens).

Mary a dos de balai est attaquée par des créatures ressemblant à des poissons volants, mais ça rappelle beaucoup la scène où Haku le dragon était poursuivi par des oiseaux de papier. D'ailleurs c'est un pont qui marquait la frontière entre le village et les bains dans Chihiro, ici, c'est le même genre de pont qui marque la séparation entre la route et la forêt, où il ne faut pas s'aventurer quand il y a du brouillard.
Il ne faut pas entrer dans la forêt les jours de brouillard, on risque de s'y perdre. Vous avez tous deviné ce qui va se passer.



L'extérieur de l'école Endor, de bric et de broc, et flanqué d'escaliers ardus, rappelle à la fois ceux des bains de Yubaba et le château de Howl.. Et le monstre qui engloutit Peter tient un peu du dieu cerf qui cherche sa tête et de "sans-visage".

Toute ressemblance est.. absolument pas fortuite! Il faut n'avoir jamais vu Chihiro pour ne pas la repérer tant elle crève les yeux.
Mary qui arrive sur une île inhabitée est découvre une maison magique où elle semble attendue.. la scène semble vraiment un décalque de Chihiro qui arrive chez Zeniba après son voyage en train aquatique.

Le problème n'est pas qu'il y ait des références, mais qu'il y en ait trop, beaucoup trop, visuellement, narrativement, partout, à tel point qu'il devient difficile de suivre le film sans les chercher, ou sans qu'elles ne vous sautent aux yeux même sans les chercher. Et parfois au détriment de l'histoire.

Une autre plus inattendue: le petit Peter, avec sa caquette... a tout d'un dresseur de Pokemon.
Il y a de bonnes choses, mais... Peter en particulier est peu exploité. Autant Mary est , comme on en a l'habitude chez Ghibli, un personnage qui va dépasser ses doutes et essayer de réparer ses bourdes, autant Peter ne sert pas à grand-chose et récupère le rôle de la damoiselle en détresse qu'il faut sauver.
En terme de jeux vidéo, ça serait un PNJ, et sa quête est de le sauver des griffes de la directrice de l'école de magie.

il sert tellement peu qu'en fait je n'arrive pas à trouver d'illustration " casquette". Mais bon, il a quand même le blouson de sport de Sacha. Ils ont même attrapé 2 Miaouss!


La relation d'amitié entre lui et Mary n'a pas été suffisamment développée avant pour être vraiment crédible ( ils se sont rencontré 2 fois.. et les 2 fois ont fini en dispute, du coupon a plus l'impression que Mary vient à son aide par culpabilité de l'avoir impliqué là dedans, que par altruisme et/ou amitié). On sent bien l'ambition de faire quelque chose d' épique dans la veine de Chihiro, en un peu plus enfantin, peut être, mais il manque en face de Mary un personnage aussi complet et complexe que l'était Haku (mais je suis partiale, je trouve que Haku est un des personnages - je ne peux pas vraiment dire secondaires, mais autres que le héros- les plus aboutis de l'ensemble des films Ghibli.. et puis c'est un dragon, on peut difficilement rivaliser avec ça en termes de charisme!)


Tante Charlotte aussi aurait mérité un peu plus de développement.

Le professeur de science/ magie. Il me rappelle vaguement un autre personnage mais alors là, j'ai un trou de mémoire et je n'arrive plus à m'en souvenir, c'est agaçant.

Il y a des choses un peu attendues ( ce qui arrive à Gib, ou l'identité de la sorcière du début), d'autres... qui m'ont agréablement surprise, dans les thématiques:
[spoiler] je ne m'attendais pas en entrant au ciné à une réflexion sur les tests sur animaux, même si on la voit arriver pendant le film, ou à in fil directeur sur l'ambition démesurée et la création de surhommes. Avec le monstre qui avale Peter à ce moment là, c'est carrément à Akira que j'ai pensé, et à la métamorphose monstrueuse de Tetsuo que j'ai pensé.[fin spoiler]
Ca c'était la référence surprise qui fait plaisir. Parce que je ne l'avais pas vue venir. Parce que hors Ghibli, et c'est ça qui me donne une sorte d'espoir de voir peu à peu ce nouveau studio sortir de l'ombre de Ghibli et explorer d'autres voies.

Donc voilà, un film sympathique que malgré ses nombreux clins d'oeil, j'ai pris plaisir à suivre sur le moment, mais qui ne me laissera un souvenir très mémorable en lui-même.
Mais en même temps, ça fait plaisir d'assister aux débuts d'un nouveau studio. Donc je pense que Ponoc a un bel avenir, pour peu qu'il se détache de son grand frère pour essayer de trouver ses marques, probablement en se cherchant un peu au départ... (et puis Ghibli aussi n'est pas exempt de ratages, j'ai nommé: Terremer. Vu deux fois - parce qu'il ne m'avait laissé aucun souvenir la première et pour cause: il est raté et je crois que mon cerveau avait décidé de faire jouer la mémoire sélective)

Ils ont déjà retenu le meilleur chez Ghibli, à sa voir l'exigence visuelle sans sombrer dans la facilité d'un film en images de synthèse, et la volonté de ne pas occulter des thèmes durs et adultes dans un film destiné à un public jeune. Reste à trouver leur propre patte, à éviter de faire des citations toutes les 2 minutes, à ne pas sacrifier els personnages secondaires et à ne pas semer trop d'indices qui font dire " ça, je le voyais tellement venir!", mais je dirais que ça s'annonce plutôt bien.

le vendredi , c'est films et séries!

9 commentaires:

  1. ouah tu en as fait tout un roman....et tout un historique sur les animes japonais vraiment interessants...et bin tu donnes, quand meme, envie de le voir...ouii et surtout cela semble chou dans l'histoire et les dessins

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    1. Oui, il est plutôt mignon, et j'ai passé un bon moment. Il faut juste garder en mémoire que c'est un premier film d'un nouveau studio pour ne pas être trop sévère quand même. J'ai vu en rentrant chez moi après le film des critiques qui le descendaient en flamme.. parce qu'ils espéraient quelque chose du niveau Ghibli. Mais rappelons que Ghibli n'a pas commencé par réaliser Chihiro ou Princesse Mononoke.
      Donc oui, à voir :)

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    2. ah les gens....pour critiquer...cela critique...j'avoue de plus en plus de pas les suivre et aller avec mon feeling...et lala cela me donne envie...;)

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  2. j'avais pas trop accroché à Arietty. Mignon mais sans plus. Du coup j'ai pas été voir celui-ci.

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    1. on est dans le même registre, assez enfantin. Ce qui n'est pas un problème d'ailleurs ( je kiffe énormément Le géant de Fer, un dessin animé américain qui est assez peu connu et vise un public jeune)mais voilà,je dirais que s'il y a un enjeu plus important que dans Arrietty ( ici, accepter sa responsabilité lorsqu'on fait du tort à quelqu'un et essayer de le réparer), il reste assez léger. Mais sympa.

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  3. J'ai hâte de le voir! Bon week end! :-)

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  4. J'aimerais bien le voir mais il n'est pas encore à l'affiche du cinéma associatif à côté de chez moi. Marrant cette petite ressemblance avec Ponyo! ;)

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  5. Quel superbe article! Tu as verbalisé tout ce que j'ai ressenti devant ce film, avec toutes ses références (reconnues mais que je n'aurais pas (toujours) su nommer). Oui c'est exactement ça: bon mais sans plus, mais prometteur quand même!

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  6. Je reste tentée malgré les critiques un peu dures... le thème est sympa et j'aime bien le style graphique que je vois à travers les images que tu as mises en avant. Je pense que je passerai à côté de la plupart des références, vu mon inculture en la matière... à soigner !

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